Trois choses sur l’écriture

C’est une activité étrange, rarement gratifiante, souvent insatisfaisante qui m’occupe depuis de nombreuses années. Pourquoi écrire ? Comment écrire ? A quoi bon ? Ces trois textes sont l’amorce d’une réponse.

1

Je n’ai pas l’angoisse de la page blanche. J’ai l’angoisse de la fatigue, du dégoût, de la faiblesse qui rendraient mon regard sec et mes mains inutiles. Je sais que je n’écris pas grand-chose dans un monde submergé de mots sans vie. Je ne dresse que des petits barrages contre une marée d’équinoxe. Cela retarde à peine la submersion. Mais ce geste compte pour beaucoup dans ma vie. Cela me permet de rester digne. Nous sommes des milliers à faire de même.

2

Le plus dur en écriture, c’est de commencer. De rien à un petit quelque chose, avec abnégation. Ensuite, il faut continuer malgré l’intuition de l’insignifiance qui mène toujours à l’abandon. L’abandon n’est que momentané. Le soulagement qui en découle également car on finit toujours par reprendre avec de bonnes résolutions comme : ne pas penser au résultat final, ne rien en espérer ou se faire confiance. Enfin, il faut finir. Il faut toujours finir malgré l’amertume d’y avoir cru. Quand les étapes de ce processus sont franchies, on peut commencer à oublier. C’est agréable l’oubli mais ça ne dure pas. A un moment ou à un autre on y repense. A force d’y repenser, on se relit tout en sachant que la relecture est une torture. Le seul moyen de l’apaiser est de corriger. La correction est une vengeance contre soi qui remet à plus tard le moment pénible où on se promet de ne plus jamais écrire tout en réfrénant l’envie de recommencer.

3

Je plonge et je le sais : je vais devoir me débattre dans l’eau sale de la réalité. Ce que disent les gens, je ne comprends pas. Les infamies au nom du ciel, je ne comprends pas. La haine brûlante versée comme poix, je ne comprends pas. Il n’y a rien à comprendre, ce n’est que la vraie vie complétement fausse puisque la vérité est submergée par les immondices. Quand je me croyais indemne, je me racontais des choses que je pensais fausses mais qui étaient vraies. Les mots qui sortaient de ma bouche ordonnaient un récit. C’était la vérité même. Mais c’était avant que je plonge, avant que je me débatte dans l’eau souillée et les débris. Si j’ai de la chance pendant cette débâcle, je trouverai un promontoire et je grimperai dessus. Quelques centimètres suffisent pour que je recommence à me raconter des histoires.

 

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Capitale de mon enfance

Trouble ou limpide, l’eau de l’enfance ne tarit jamais. Je peux y puiser sans cesse et me désaltérer, m’empoisonner, me purifier ou me salir . Dans ces deux textes, je joue avec la mémoire, matière liquide,  en me promenant dans cette ville mentale qu’est Paris, capitale de mon pays et de mon enfance.

Pittoresque

Vous viviez à quatre dans vingt-trois mètres carrés,
le père, la mère, le bébé, le garçon,
sous les toits de Paris et tous les soirs
des bagarres d’ivrognes éclataient dans les rues.

Le jour, le levain de la ville démultipliait vos forces :
l’odeur chaude des boulangeries,
les roucoulements des pigeons,
la foule qui sortait du métro.
Il fallait vivre : trouver du travail,
aller à l’école, s’occuper du bébé.

Quand la grand-mère vous invitait chez elle,
vous étiez subjugués par l’argenterie et les miroirs.
Mais vous restiez à distance.
La mère ? Une maîtresse du père.
Le garçon ? En sursis de pensionnat.
Le bébé ? Quantité négligeable.

Comme des héros, vous traversiez des aventures :
marcher en équilibre sur la gouttière d’un immeuble,
voler un trench-coat dans un grand magasin,
rendre justice en brandissant un cutter,
charmer un vieillard étrange qui était un grand peintre.

Mais il ne fallait pas sortir de ce quartier :
une rue plus loin et votre ombre blanchit,
trottoirs et bâtiments rétrécissent,
les odeurs de pain chaud s’évanouissent
et les touristes se prennent en photo
devant une boutique qu’ils trouvent pittoresque.

Génération flottante

Le jour de ma naissance, il pleuvait sur Paris. Après neuf mois de menaces, le ciel crevait : trombes, cordes, hallebardes, jour et nuit. On n’y voyait rien. Le niveau de l’eau montait sans cesse. Les ponts cédaient les uns après les autres. A la maternité, parents et soignants s’étaient enfuis à la nage, laissant les berceaux à la dérive. Ainsi avons-nous commencé à vivre : une génération flottante.

Un demi-rêve dans un demi-sommeil

Que faire de ses mains, de ses doigts, de sa bouche, de son corps dans un monde où la perception du réel est prétendument augmentée et où les possibilités de compréhension sensuelle diminuent ? Je n’ai pas de réponse à cette question qui est sans doute biaisée et sans importance. Mais je propose deux textes (prose et vers) qui m’ont été inspirés par la vue des gens qui touchent leur téléphone et par un demi-rêve dans un demi-sommeil.

1
Il faut que je retienne mes doigts. Tapoter, faire glisser, zoomer, dézoomer, sont des actions viles qui abêtissent mes mains et les rendent inutiles. J’en oublierais presque de caresser et de comprendre. Bientôt, je ne saurai plus porter aucune nourriture à ma bouche ni boire l’eau au creux de mes paumes.
Mon regard devient timide. Je ne redresse plus la tête. L’horizon est enclos dans ma chambre. Le ciel se rapproche sans cesse. Les nuages ont des formes de nuages et les visages sont cadenassés.
J’ai fini par admettre que la prison que je construisais en moi allait être achevée. Avant que la dernière brique n’aveugle le dernier carreau de la dernière fenêtre, je peux encore m’échapper. Le passage est étroit, j’en sortirai écorché. Mais à l’air libre, je pourrai enfin me laisser vivre : mes mains s’ouvriront pour les rencontres et mon regard sera toujours prêt pour la fuite.

2
Doigts de mes mains et dents de ma bouche,
ce soir vous avez quartier libre.
Je m’enfoncerai dans le sommeil
pendant que vous guincherez et aguicherez
moignons et gueules cassées.

Dans le sommeil, sous les lentilles
d’eau qui me rendent invisible,
doigts de mes mains et dents de ma bouche,
je pense souvent à vous qui avez choisi
les aimables fonctions : caresser et sourire.
Mais je ne vous envie pas :
la vie vous accapare.

Tandis que moi, dans la vase du sommeil,
je pénètre et j’oublie tous les soucis
de la gestion des membres.
Les petits conflits ne m’intéressent guère,
la paix des profondeurs non plus.

C’est le voyage que je fais
– tournoyant lentement,
m’enfonçant sans cesse –
qui me distrait.
Quel aimable voyage
sans vous.

Trois micro-fictions

Je propose trois micro-fictions avec des micro-chutes en étant bien conscient que la brièveté est un art difficile à maitriser :

1
Toute vie comme un collier d’instants. Celui-ci se détache : c’est l’été, j’ai 9 ans, je suis allongé sur la pelouse du parc municipal, le ciel est vide, mon corps est brûlant. Je sais que bientôt l’arrosage automatique va se déclencher. J’entends le bruit sec du mécanisme. La première goutte va toucher mon visage.

2
Je n’aurais pas dû sauter du haut de cet immeuble puisque personne dans cette ville ne croit en mon pouvoir. Dès lors, deux possibilités s’ouvrent à moi. La première : leur montrer à tous leur erreur, m’envoler un mètre avant le contact et disparaître dans le soleil couchant. La deuxième : admettre, comme tout à chacun, ma soumission aux lois de la gravité et la banale attraction de mon corps vers le sol, fermer les yeux.

3
Le beau soleil, la grande villa : un enfant rieur des années cinquante multiplie les plongeons dans la grande piscine. Aucun autre enfant ne l’accompagne, aucun adulte ne l’encourage car tous l’admirent à distance. Ou bien ils se prélassent dans des transats en lisant des illustrés, en sirotant des boissons fraiches sans lui jeter un regard.
Parmi eux, la plus belle des femmes : sa mère. Tous les plongeons qu’il exécute en hurlant avant de se fracasser dans l’eau c’est pour elle, pour qu’elle soit fière. Quand la journée sera finie peut-être qu’elle l’embrassera sur le front en guise de récompense.
Mais le temps change, l’eau noircit, d’épais nuages cachent le soleil. Les gens se dispersent, même sa mère. La piscine se vide lentement et découvre une couche de moisissure sur les parois. Un vieillard chauve en sort en grelottant. Il titube, il est désorienté. Personne ne se précipite pour lui apporter une serviette. Il a passé sa vie à faire des pirouettes et personne ne l’applaudit.

Mélancolie animale

Les animaux sont partout dans notre imaginaire mais ils disparaissent du monde. Je ne parle pas des animaux domestiques que nous avons fait rentrer dans nos maisons, que nous avons éloigné de leurs instincts pour les soumettre à nos nécessités. Je parle des animaux sauvages qui ont une vie physique et mentale différente de la notre et qui se tiennent éloignés de nous autant que possible. Sauf que nous sommes partout et que notre présence les détruit. Nous les préférons totems et personnages plutôt qu’égaux dans le vivant. Deux informations m’ont particulièrement touché et ont déclenché l’écriture du poème : la disparition très probable des singes (cet article) et le retour des loups sur le territoire français (celui-ci). le deuxième texte est autobiographique et part de cette question : Est-ce qu’une fois dans ma vie j’ai échangé un regard avec un animal sauvage ?

Mélancolie animale

Bientôt disparaîtront les singes
et leur mélancolie profonde
qui nous reliait encore au monde
quand avec eux nous étions singes.

Bientôt s’approcheront les loups
attirés par les abattoirs,
emblèmes de nos territoires
mais nous ne serons jamais loups.

Bientôt s’échoueront les mésanges
le bec brisé contre la vitre,
l’aile rompue, mais à quel titre
avons-nous rêvé de mésanges ?

Bientôt le dernier cabillaud
tel des poissons de toute sorte
fuira le filet qui l’emporte :
nous mangerons ce cabillaud.

Bientôt voleront des abeilles
au butinage artificiel
d’où sortira un flot de miel
amer, empoisonneur d’abeilles.

Bientôt l’espèce des dauphins
ne connaîtra que l’aquarium,
le dressage et le pain des hommes
que nous jetterons aux dauphins.

Bientôt se perdra le monarque
dans le voyage aux Amériques :
nos révoltes atmosphériques
auront dérouter le monarque.

Bientôt l’épreuve du miroir
d’un monde qui nous a aimé,
tous les animaux sacrifiés
s’effaceront de ce miroir.

 

Un animal sauvage

Au mitan de sa vie, il avait vu de nombreux animaux sauvages mais aucun ne l’avaient regardé. Dans les zoos, les parcs, les réserves, sa place de voyeur ne permettait pas la rencontre. Il était perché en haut d’une passerelle alors que des loups nonchalants trottaient à la lisière d’un bois ou il était assis sur le banc d’un chariot et des bisons d’Europe surgissaient d’un thalweg dans un nuage de vapeur ou il cheminait dans un grand tube en plexiglas à demi enterré dans un enclos alors qu’une lionne repue fonçait par jeu sur les visiteurs. Derrière les grillages, les barreaux, les vitres, les fossés, les remblais, tous les animaux d’un atlas illustré lui tournaient le dos et restaient prostrés dans leurs abris.

Pendant ses promenades dans la nature (ce qu’il croyait être la nature : parcs boisés, forêts domaniales, le bord aménagé des rivières, le littoral balisé), il apercevait parfois un animal, furtif comme un mirage, qui toujours se tenait à distance.

Après une longue remémoration, il se dit que peut-être, dans l’adolescence, un animal sauvage avait, avec lui, échanger un regard. C’était pendant des vacances d’hiver en Alsace, à la fin des années soixante-dix. Il avait treize ou quatorze ans. A cette époque, les vacances s’organisaient en famille nombreuse : les deux parents, les quatre enfants, une grand-mère, un vieux cousin. Le voyage se faisait à la fois en train et en voiture : la grand-mère et les enfants dans le Corail, les parents, le vieux cousin et tous les bagages dans l’Austin Princess. A Colmar, devant la gare, la famille se reformait. Les enfants s’engouffraient à l’arrière de la Princess, houspillés par les parents car il fallait se dépêcher d’arriver à l’hôtel, y déposer la mère et les enfants pour que le père puisse vite revenir chercher la grand-mère, le vieux cousin et une grande partie des bagages inexplicablement débarqués sur le trottoir.

Coincé sur la banquette arrière parmi ses trois petites sœurs, il ne pouvait pas bouger mais il pouvait voir. Il se fichait pas mal de l’urgence du trajet et des vacances à venir. Il trouvait la campagne laide et la nuit sale. Mais dès les premiers lacets dans la montagne, son regard s’innocenta et son cœur se mit à battre plus fort. La forêt éclairée ou plutôt sectionnée par les phares de la voiture apparaissait comme une menace étincelante. La neige en monticule au pied des grands arbres était une déchirure blanche, la part manquante de la nuit lourde, soutenue par les troncs innombrables et il sentait que cette masse obscure allait bientôt se répandre et les emporter.

Son père roulait de plus en plus vite, coupait les virages au plus court, contrôlait à peine ses dérapages, faisait des appels de phares dans les passages étroits pour prévenir ceux d’en face qu’il ne ralentirait pas. Les petites sœurs excitées par l’autre féérie de la neige se chamaillaient pour s’approcher de la vitre et sa mère sommait son père d’arrêter de rouler comme un taré.

Au moment où son père ricana (mais peut-être qu’un sonore Ta gueule ! remplaça le ricanement), l’animal sortit de la forêt et traversa la route. Un cervidé, cerf ou chevreuil, qui posa à peine les sabots sur l’asphalte enneigé et en deux sauts parfaits retourna dans l’obscurité. Entre les deux sauts, l’animal tourna la tête, ébloui par les phares, mais c’est bien lui qu’il regardait et c’est dans les prunelles presque blanches qu’il voulut s’échapper. En une fraction de seconde, il aurait pu sortir de cette vie ligotée et s’engouffrer dans l’autre, une vie d’escapade et de souffle dans un territoire défini par la survie.

Son père fut si surpris qu’il ne fît pas d’embardée mais à coup sûr il ralentit pour le reste du trajet et la mère, alors qu’il était trop tard, dit certainement : oh, regardez les enfants ! Mais à quoi bon se souvenir du reste des vacances ? Les anecdotes du repos sont interchangeables. L’animal sauvage l’avait regardé et l’avait invité à plonger avec lui dans la nuit profonde.

Des années plus tard, en revivant ce moment, il se dit qu’il aurait dû disparaître.

Ville rêvée

Deux textes pour dire mon rapport à la ville, entre rêve et réalité :

1
Je vis à ma mesure : comme un voleur dissimulé, comme un prince en sursis, comme un aliéné en fuite. Avec les premiers froids arrivent les premières larmes et l’émerveillement de la nuit acérée. Le fleuve porte en tourbillon des carreaux de glace où sont emprisonnés les rêveurs imprudents que la mer va briser.
J’ai tout vu, je n’ai rien inventé. Mes rêves, je les disperse à chacun de mes pas. Ainsi, je marche léger. La ville ne sait jamais les solitudes qu’elle porte en elle mais moi je sais exactement ce qu’elle me doit.

2
Un jour de fatigue
dans des rues désertées :
ce n’est pas un rêve,
c’est le réel crevé.

Un point au côté droit
et me vient le remords
de n’avoir pas su prendre
le chemin escarpé.

Dans la montagne froide,
dans la ville surpeuplée,
sur les visages d’hiver,
les chemins sont fermés.

Une pierre sur le cœur
et c’est pire qu’un regret :
je fais la différence
entre le réel mort
et la vie dévastée.

Julia Kerninon

julia-kerninon

Je viens de lire Une activité respectable de Julia Kerninon (éditions du Rouergue).

Il s’agit d’un texte qui tient autant des mémoires (même si Julia Kerninon n’a que trente ans) que d’un plaidoyer pour cette activité respectable et pourtant étrange qu’est l’écriture. Mais je l’ai surtout lu comme un essai sur la vocation artistique puisqu’elle s’interroge sur ce qui peut bien la pousser à risquer la part secrète et sociale de sa vie pour le plaisir douloureux des mots et des phrases qui parfois se transforment  en livres. Julia Kerninon a très tôt eu une vocation – dès l’âge de 5 ans- et ses parents l’ont soutenue. Elle explique qu’elle a sans doute hérité de la combativité de sa mère et de la méticulosité de son père. La combinaison de ces deux qualités doit lui être salutaire au quotidien. Mais est-ce que cela suffit à justifier une vocation ?  Après ma lecture, j’ai repensé à cette très célèbre phrase de Kafka sur l’écriture : « Ecrire c’est sauter hors de la rangée des assassins » (Journal, 27 janvier 1922). Ecrire non seulement sauverait une vie (la sienne) en évitant de l’assassiner ? Je ne sais pas ce que Julia Kerninon en pense mais j’ai eu besoin de mieux comprendre la phrase de Kafka pour approcher le mystère d’une vocation artistique. L’écrivaine Leslie Kaplan propose sur son site une lecture profonde et claire de cette phrase que je résume du mieux que je peux : bondir hors du rang c’est sortir du monde tel qu’il est pour en inventer un ou mille autres. Refuser de bondir, rester dans le rang, c’est ne rien vouloir imaginer d’autre que le réel et donc assassiner le bond de tous les possibles. L’écriture devient alors une activité très respectable (belle et utile sans doute) qui ne se contente pas seulement de nous consoler de la vie mais qui la rejoue et la recrée sans cesse. Ainsi nul n’écrit dans le vide quel que soit le sort des textes.

Je propose ici quelques lignes de la dernière page du livre de Julia Kerninon où elle parle autant du plaisir d’écrire que de sa signification :

Ma lenteur est prodigieuse, il faut que je tourne des années comme une idiote autour d’un livre avant d’en localiser le cœur, c’est comme tailler un morceau de bois avec un autre morceau de bois, mais d’un coup ça vient et c’est merveilleux.
Je nage dans la grammaire comme dans une eau douce, la grammaire est mon algèbre, mon unique science, à écrire dans ces proportions excessives depuis si longtemps, j’imagine que je suis passée à côté d’un certain nombre de choses capitales, mais au sein des lois magiques et implacables de la grammaire, j’exerce mes capacités jusqu’à l’épuisement, dans un grand bonheur, comme cloitrée pour toujours dans un terrain de squash. Aussi risible que ce soit, il y a vingt-cinq ans que j’écris, que j’essaie d’écrire des livres. Depuis qu’ils sont publiés, les gens estiment, légitiment, que tout va bien -mais je crois qu’ils ont oublié comment c’était avant, quand j’écrivais dans le vide, quand je sacrifiais à l’aveugle des choses immenses pour pouvoir être seule et écrire, à ce moment où ma vie n’avait aucun sens pour personne.

Une activité respectable de Julia Kerninon, éditions du Rouergue, 2017, page 60