Deux poèmes de métro

Je n’avais pas écrit de poèmes de métro depuis un certains temps, faute de trajet et d’envie. Il faut dire aussi que j’ai changé de ligne pour mon point de départ. J’ai délaissé la huit pour découvrir la sept. Il m’a fallu un peu d’habitude pour sortir mon carnet. Mais dernièrement, je m’y suis remis en suivant comme toujours les préceptes de l’Oulipo et de Jacques Jouet (voir ici). C’est très simple : quand le métro roule, on pense à se qu’on va écrire (le mieux est de regarder autour de soi), quand il s’arrête, on l’écrit. S’il y a une correspondance, on change de strophe. C’est sur le quai de la dernière station du trajet, qu’on écrit le dernier vers. Voici deux poèmes nés de ce mode d’emploi :

Sortir de terre (ligne 7 et ligne 5)

Maman, mon rouge à lèvres
J’ai peur de perdre une amie
Ce matin pendant une heure et demi
L’océan de nos deux salaires
A débordé à Saint Lazare
C’était désagréable, maman

Il ose dire que nous sommes complets
Où étais-tu quand je te cherchais ?
Dans le virage sud
Du stade des gosses de riches
Trois hirondelles derrière l’oreille
M’ont donné de tes nouvelles
Elle a défait sa vie comme un vieux sac
Décousu, rapiécé, dépouillé
A la recherche d’une République
Où il n’y a pas à s’excuser
De déballer trop de problème
On va bientôt sortir de terre

Un ou semblable ? (poème de métro ligne 7 et ligne 6)

Comme le chemin se fait en marchant
J’écris en écrivant
Un parmi mes semblables
De travers dans la traversée
Qui va tous nous emmener loin
Chacun son rôle, tous à son poste
Le bout du tunnel approche
Espérons que tout se passe bien

Plutôt un que semblable
J’abhorre les écrans de contrôle
Regardez-moi quand je vous parle
Vous ne savez pas où vous allez

Publicités

Deux poèmes de métro + 1

Ces derniers temps, j’ai délaissé l’exercice oulipien du poème de métro (voir les règles ici). Mais en fouillant un peu, j’en ai retrouvé deux que je propose. Le troisième est une note ancienne griffonnée sans doute après un voyage alors que la station debout et le trop grand nombre de voyageurs m’empêchaient d’écrire :

1
Avancer
(poème de métro : ligne 8, ligne 9)

Une petite suée dans ma petite vie
Un léger retard à mon rendez-vous
Mon dossier complet ? Je vérifie
Je peux encore tenir debout
Et c’est presque un privilège :
Mes mains ne sont pas crevassées
Mes pieds sont dans des chaussures
Ma tête n’est pas ébréchée
Pourtant au bout de la ligne
Quelqu’un me demandera des comptes
Qu’as-tu fait pour rester digne
D’être celui que tu prétends ?
Toujours du bon côté du jour
Jamais accablé par la nuit
Ombres et lumières abolies
Verse ces mots au dossier

Perdu dans les couloirs
Malgré les indications
J’ai rendez-vous au hasard
Des écailles au plafond
Ouvertes comme des fleurs
Larges comme des continents
Menacent de m’accueillir
Sans doute aujourd’hui
Je n’arriverai nulle part
Mais je continue d’avancer.

2
Babel-Paris
(poème de métro : ligne 8, ligne 1)

Ma chemise blanche
Pour ne pas sombrer
Au troisième sous-sol
De ce triste été
Dans une chevelure
Jamais détachée
J’ai perdu espoir
De me replonger
Une femme se maquille
Sans jamais sourire
Son ami s’ennuie
Un chien est assis
Derrière leurs pieds.

Monter et descendre
Les volées de marches
C’est le minimum
Il faut rester digne
Lorsque les registres
Sont tous complets
L’été à Babel
Est si difficile.

3
Cinq mains sur la ligne huit

Métro, cinq mains tiennent la rampe,
tressautent ensemble et s’effleurent.
Une : blanche, massive, poilue, alliance et grosse montre.
Deux : longue, vieil ivoire, oblique, nue et dodue, ongles rouges.
Trois : noire, striée de lignes claires, pouce usé, une bague d’argent du Ténéré.
Quatre : mienne, pâle, osseuse, veineuse et nue.
Cinq : menue, rose, doigts courts, ongles courts, une bague fine, chaton petit cœur.

Le métro et les piranhas

Pour écrire un poème de métro, il faut prendre le métro et de quoi écrire. Quand le métro roule, on cherche ses mots, quand il s’arrête à la station, on les écrit. De station en station, le poème se fait. Descendu sur le quai, on écrit le dernier vers, sauf en cas de correspondance. Le deuxième tronçon du trajet, devient alors la deuxième strophe. C’est très simple. C’est le poète Jacques Jouet qui a inventé cela pour l’Oulipo. Voici mon dernier poème de métro :

Pour éviter un flocon de neige

Pour éviter un flocon de neige
je plonge sous la terre.
Le soleil est sur les affiches,
les murs sont couleur miel
et des braises de paroles
rougeoient dans les wagons.
Dehors, il fait si froid
que personne ne sait
comment finir l’hiver
autrement que glaçon.
Le souterrain n’est plus
la punition du jour
mais le dernier endroit
pour se tenir au chaud.

Les musiciens font leur travail
qui est de déchirer les cœurs.
Au détour d’un couloir ils essayent
d’ensorceler le voyageur.
Bien sûr, personne ne s’arrête.
Le cœur est à l’abri dans sa cage.
Pour conjurer un mauvais sort
certains jettent une pièce
et passent au large.

A propos de métro, je viens de découvrir un poème de l’écossais Edwin Morgan que l’on devrait afficher dans toutes les rames pour dissuader les malotrus de se précipiter sur les places assises :

 Les piranhas du métro (traduction de Francis Combes)

Vous a-t-on déjà dit
que dans chaque métro
il y a un siège spécial
avec un petit trou dedans
et sous le siège
un réservoir plein de piranhas
qui n’ont pas été nourris
depuis assez longtemps ?
Du fait de la trémulation des rames
les poissons deviennent très agités
et finissent pas sauter hors du siège.
Les squelettes
des infortunés voyageurs
ainsi récupérés
fournissent une somme honnête
au service des transports
pendus, bien loin de là,
dans les facultés de médecine.

Edwin Morgan

Bienvenue dans le métro

Je reviens de vacances et rien n’a changé. La frénésie est partout et je ne la comprends pas. Les métros sont bondés à nouveau. Dès le premier trajet du retour les passagers retrouvent leur stratagème préféré : un regard vide pour dissimuler le trop-plein de rêves et ne pas se pencher sur celui des autres. Je ne fais pas exception. Je suis parti mais il n’y a pas eu de vacances.

Bienvenue (poème de métro, ligne 8)

Bienvenue dans la fournaise.
Y a-t-il une vie sans écran
qui rafraîchisse la mémoire
et efface le présent ?
Bienvenue dans le tunnel
où la jeunesse est belle
De l’éclat de nos rêves :
un baiser pour la vie.
Bon retour sous la terre
où les paroles en fuite
traversent les esprits
qui acceptent ce mystère :
la vie carbure à l’ordinaire
désir d’en faire partie.

Pour connaître les conditions d’écriture du poème de métro voyez ici.

Un poème de métro

Même si c’est malpoli d’observer les gens et d’écouter les conversations, j’en ai fait mon passe-temps favori quand je suis dans le métro. De mon dernier voyage sous terre est issu ce poème de métro, selon la règle de Jacques Jouet.

La bonne étoile
(poème de métro lignes 5-11-5-8)

Quatre lycéens, une accolade
pour des amis de trente secondes
qui effaceront ma silhouette
et me débarqueront sur le quai.

Je vais me souvenir
d’une étoile tatouée sur la pommette
à la place d’une larme
– Deux filles et deux garçons –

et de leurs visages qu’ils trouvaient si jolis
en regardant leur snapchat.
Les filles étaient hilares, les garçons souriants.
Ce n’est pas à moi qu’elles ont dit :
« Toi au moins tu as réussi ta vie »

mais au plus beau de tous
qui avait enfin trouvé un toit.
Ce soir il mangerait des pâtes.
Grâce à ses études, il aurait un travail
et dans cinq ans, il se marierait.
Sa bonne étoile le suivait
et s’était posée sur sa pommette.
Grâce à ce tatouage désormais
Ils avançaient vers l’avenir
– deux filles et deux garçons –
sûrs de leur beauté et de leur chance.

Un autre poème de métro

 

L’autre jour en prenant le métro, je vois une grande affiche pour un téléphone ou une tablette.Mais c’est surtout le slogan qui m’interpelle : « Capturez l’invisible ». Je me dis : « Drôle d’idée ! » et c’est le début d’un poème de métro dont je rappelle la règle (selon Jacques Jouet) : composer quand le métro roule, écrire quand il est à l’arrêt, changer de strophe à chaque correspondance.

Une toute petite affaire
(Poème de métro : ligne 8, ligne 6)

Capturer l’invisible, même un téléphone fait ça.
Mais relever la tête et sourire
parce qu’il a failli tomber en bondissant dans le wagon,
parce qu’elle dodeline en caressant son livre bleu,
je peux encore le faire.
Un grand gars encapuchonné s’assied à mes côtés.
Il écarte ses jambes pour marquer son territoire
puis les resserre et les replie quand une ribambelle arrive :
enfants ou Jedi, je ne saurais dire.

Un bébé rose escalade son père
puis s’élance tel Tarzan :
les pias-pias sont des lianes
qui le font danser sur nos têtes.
Ma voisine lit un journal
qui compare le prix des cafetières.
Difficile de savoir ce qui m’amuse ou m’exaspère.
Cette jeune femme est tellement belle
qu’elle ressemble à un robot de chair.
Il pose le menton sur sa tête,
son copain en propriétaire.
Elle soupire et rectifie la position
de son foulard et de son sourire.
Ce soir, les gens discutent entre eux
et les téléphones sont rangés.
Observer puis écrire
est une toute petite affaire
qui ne lasse pas d’intriguer.
Glaner, grappiller, griffonner
suffit amplement pour m’étourdir
alors capturer l’invisible, merci bien.

Encore un poème de métro

Voici un poème de métro écrit récemment selon les règles de l’Oulipien Jacques Jouet (voir ici). Le poème de métro est toujours pour moi une surprise. Je ne sais jamais, vers après vers, ce que je vais écrire. En le commençant, je ne sais même pas si je vais pouvoir le terminer.

L’ami invisible
(poème de métro, ligne 8 et ligne 3)

Peux-tu me laisser tranquille ?
Je n’ai pas dit seul mais tranquille
avec un murmure
comme une mouche insaisissable
qui tournerait autour de nous.
Peux-tu me retenir ?
Les stations s’enchainent et j’ai peur
quand je vois nos têtes qui s’inclinent
de me délecter du malheur,
de ne rien comprendre ou bien pire
de savoir que nos vies se terminent.
J’attends encore un peu et mes pouces s’agitent.
Les jolis enfants blonds multiplient les grimaces.
Ils sont tous de sortie
avec des feuilles d’or et des blanches mamies.
Je reste près de toi, tu te colles à ma joue.
Comme nous, ils perdront leur ami invisible.

Tu existes et j’existe pourtant il faut partir.