Qu’est-ce que je cherche ?

En faisant du tri dans le grenier d’un disque dur, j’ai retrouvé ce poème. Par chance, il parle encore de moi alors je le propose à la lecture :

Une place ou un chemin

Mon regard, mes mains, mes souvenirs :
Je trace le colimaçon des rues,
J’ouvre les alvéoles de l’enfance,
Je laisse filer l’eau torsadée des caniveaux,
Je sonde l’eau lourde et lente du fleuve.
Mais ce n’est pas ainsi que je vais t’appartenir
Et ce n’est pas ainsi que tu vas m’oublier.

J’ai goûté au cœur de la vallée puissante
Une paix étrange qui dura douze jours.
Qui peut prétendre à autant d’abandon ?
Le torrent y abrite un génie qui exauce les vœux.
Les gens y sont d’une grande politesse,
Jamais avares d’une bénédiction.
Ils m’ont dit de ne pas m’appesantir.

Ne m’éloigne pas du lieu de ma naissance
Et si je dois partir très loin,
Fais-moi revenir toutes les nuits en rêve.
Je ne serai jamais loin : tu seras là.
Sauf que j’ai honte de mes faux serments :
Je suis à la fois sincère et menteur.
S’il le faut, je partirai et pour toujours.

Mes souvenirs, ces silences, sont des fantômes
Qui ne disent pas leurs noms mais retiennent le mien.
L’instant même est devenu un cercle de vapeur
Où tous les heureux se retrouvent et profitent.
Je ne vous envie pas : je n’y suis pas à ma place.
Avant de m’endormir, j’imagine un paysage
Infini et nu, à l’opposé du jour.

Cette femme sage construisait sa maison.
Ce qui importait, c’était la fenêtre,
Une fenêtre ouverte sur la montagne,
Que le regard puisse s’échapper.
Sinon comment vivre ? Le ciel était immense.
Partout où je me suis trouvé, j’ai voulu partir
Pour rejoindre l’endroit qui n’attendait que moi.

J’ai beau rêvé à la plus belle des villes
Ou d’une cabane au bout de la dernière route,
Ce que j’espère surtout c’est que mes solitudes
Soient fécondes pour le temps qu’il me reste.
Bien sûr, il y a toujours les rencontres
Et les regards qui se détournent.
Ne pas s’appesantir, ne pas disparaitre.

Si tu crois que je m’enfuis, tu te trompes.
Si je crois avoir trouver refuge, j’ai tort.
Mes certitudes sont des vitres brisées
Par l’enfant d’un vagabond : acérées, inutiles.
Il y a juste à côté un fleuve qui se tait
Et un bois criblé de vies à refaire ou à finir.
Qu’est-ce que je fais dans ce monde ?
Qu’est-ce que je cherche ?
Une place ou un chemin ?

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