Anthropocène

Nous vivons au temps de l’anthropocène, c’est-à-dire que nous sommes responsables de la fin de ce monde. Nous savons à présent que nos confortables habitudes détruisent notre mère nourricière, que nous éliminons les unes après les autres les manifestations vivantes de la beauté et que nous serons les ultimes victimes de notre goût pour le massacre. Pourtant, il reste un espoir de retrouver une place après la traversée de la nuit, une place modeste, fragile, à l’écart, difficile à accepter pour les égocentriques que nous sommes. Je ne suis pas certain d’être capable de consommer moins, détruire moins, d’échanger ma vie citadine pour une vie plus proche de la terre, des plantes et des animaux. Je ne suis même pas certain de sauver le monde en agissant ainsi mais je sais que je sortirai du « rang des assassins » (ainsi parlait Kafka pour dire à quel point l’écriture était son salut) et que je commencerai à comprendre qu’il me faut laisser une trace féconde de mon passage parmi les vivants.

1 La fin de notre jour

Nous n’irons pas au bout de nos promesses
Mais simplement au bout de notre jour
Quand l’ultime vapeur de notre ivresse
S’échappera de la plus basse tour.

Nous n’avons vécu que quelques secondes
En dévorant le crédit des années.
Mais toutes nos fêtes étaient fécondes :
Le caveau plein et l’appétit comblé.

Et maintenant nous recherchons des murs
Bien épais et très vieux comme cachette
Pour échapper aux rêveurs du futur
Qui refusent de payer notre dette.

C’est notre faute, notre grande faute.
Ainsi battue la coulpe mais trop tard.
Ils ne veulent plus que nous soyons hôtes
De cette vie où nous avons pris part.

Débusqués et jetés plus bas que terre
Aucun de nous ne restera debout.
Qu’avons-nous fait pour célébrer la terre
Qui nous berçait et prenait soin de nous ?

Nous avons cru qu’elle ne souffrait pas
Comme nous : véhicule sans tristesse
Là pour nous obéir au petit doigt
Et à l’œil refermé de nos promesses.

Le jour est clos et nous finissons là.

2 Nuit commune

Nous sortirons de notre nuit commune
Après une dérive sans pareil
En s’éloignant du bord des pensées unes.
Ainsi font les nochers d’un grand sommeil.

Nous ne garderons aucun repentir
De nos rêves que la vie évapore.
Le temps d’avant n’aura plus rien à dire
A nos instincts. Qui serons-nous alors ?

Des orphelins de la satiété,
Du monde clos, des murs, des écrans
Qui misaient tout sur la propriété
De minces vies montrées aveuglément.

Mais c’est fini : il faut penser à l’autre,
Entendre son cri qui est un murmure,
Un souffle qui renait avec le nôtre
Et partager une goutte d’eau pure.

Est-ce que seulement on peut y croire ?
Tout balbutie. Les mots sont incertains.
Il reste des ruines dans nos mémoires
Où rôdent impunis des assassins.

Sauvés d’un monde qui n’a plus de nom
Sur le radeau de la dernière chance
Nous finirons par rendre la raison
Après notre longue nuit de démence.

Sinon autant s’endormir pour de bon.

3 Après

Après
Il y aura des nuages
Et le ciel dira les mots
Que nous avons rêvés
Des chats
Plus légers que des ombres
Passeront dans les herbes
Après
La nuit se penchera sur nous
Et nous baisera au front

Mais d’abord il y a ce jour
Ce jour où nous sommes
Où nous marchons debout

 

Pour ne pas désespérer complètement, je conseille la lecture de Une autre fin du monde est possible, de Gauthier Chapelle, Pablo Servigne et Raphaël Stevens aux éditions du Seuil , un livre qui aide à chercher un sens à la vie face à l’inéluctable destruction.

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