Au casque blanc

Dans la Syrie en guerre, un groupe de jeunes hommes tentent de sauver les victimes ensevelies sous les ruines, après les bombardements. Leur équipement est rudimentaire : une pelleteuse, des pioches et des casques blancs qui sont leurs signes distinctifs. A Alep, avant la reprise de la ville par le régime, ils sortent des gravats davantage de restes humains, de bébés morts que de vivants. Souvent, ils meurent ensevelis sous une carcasse d’immeuble qu’un souffle fait s’effondrer. Même si je connaissais leur action, j’ai pris conscience de leur sacrifice dans un film documentaire vu récemment : Les derniers hommes d’Alep de Feras Fayyad. Ce poème a été inspiré par un des personnages du film :

Sonnet du casque blanc

Je ne quitterai pas la ville. Les obus
tombent au hasard, le jour, la nuit, et nous sommes,
tant que nous le pouvons, les derniers des hommes
à rechercher dans les gravats des corps perdus,

déchiquetés qui célébraient chacun la vie.
Au marché, j’ai trouvé de jolis poissons rouges.
Mes enfants jouent au parc. Mais quelque chose bouge
dans le ciel : une explosion, un incendie.

Il faut que j’y retourne avec mon casque blanc
recouvert de la farine de l’outre-tombe.
J’entends quelqu’un gémir. C’est peut-être un vivant

qui n’a pas assez bu l’amertume du monde
ou bien c’est moi qui meurt, sitôt enseveli.
Aucun des dieux n’a pu me dégager d’ici.

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3 réflexions sur “Au casque blanc

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