Blocs de pierre

Il y a peu de temps, des centaines réfugiés du monde entier dormaient sous les ponts à Paris. Malgré l’ouverture d’un centre d’accueil au nord de la ville, ils affluaient sans cesse.  La vue de ces hommes exténués et perdus donnait mauvaise conscience à nombre de parisiens. Si on ne pouvait ni les renvoyer ni les accueillir, il fallait au moins qu’on ne les voit pas. Alors la mairie a fait installer des blocs de pierre sous les ponts pour les empêcher de s’y installer. La mesure a choqué de nombreuses personnes. Par solidarité avec les réfugiés, un collectif de tailleurs de pierre a décidé de travailler ces blocs pour les rendre plus vivables, car, bien sûr, les réfugiés, plutôt que de disparaître, se sont allongés entre les blocs. Cet épisode de la vie parisienne m’a inspiré un poème. J’ai simplement « déplacé » les blocs de pierre sous le pont du métro, l’endroit où j’avais vu, il y a peu, dormir des dizaines d’hommes exténués, venus de très loin pour vivre ici en paix :

Sculpter la pierre

Il faut sculpter la pierre
lui donner un visage
de fuyard intrépide
délivré du rivage.

La main est resserrée
autour du téléphone
impossible à lâcher
mais qui jamais ne sonne

pour ouvrir les paupières
des dormeurs du métro.
Le sel de notre terre
illumine leur peau.

il faut sculpter la pierre
qu’elle devienne douce
comme une bouche aimée
qu’on embrasserait tous.

L’hiver a renoncé
à nourrir nos terreurs.
il est temps de dresser
une table d’honneur

recouverte du pain
que l’on partage en rêve
pour ouvrir un festin
qui jamais ne s’achève.

Il faut sculpter la pierre
car l’injustice gronde
comme le train du jour
qui oublierait le monde.

Ceux qui croient s’échapper
le sommeil les délivre.
Pour un verre de de thé
ils continuent de vivre

en attendant que vienne
un porteur de conscience
à la mémoire ancienne :
devise de la France.

Il faut sculpter la pierre
réduire la parole
des lèvres racornies
qui crachent vers le sol.

On est ici chez nous.
Je suis partout chez moi.
Je m’endormirai où
je trouverai un toit.

J’entonnerai les chants
que fredonnait ma mère
quand je voulais enfant
m’alanguir sur la mer.

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4 réflexions sur “Blocs de pierre

  1. Des milliers de vestiges de l’art universel ont été pillés, détruits ou détournés du moyen orient vers l’Europe. Ces pays ravagés par la guerre devrait rapatrier ces blocs de pierre chez eux et les mettre en valeur pour l’histoire.

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