L’ogre Tristesse

Trois poèmes contre la tristesse qui dévore ou submerge, qui séduit et enferme. La tristesse qui est partout mais qui ne doit pas durer toujours :

1
Je tourne autour de la maison tristesse
sans jamais y entrer
alors que les fenêtres sont grandes ouvertes.

Je dévie dans le jardin folie
sans jamais en sortir
alors que les barrières sont tombées.

Je barbote dans la piscine routine
sans jamais me noyer
alors que je ne sais pas nager.

Je hurle dans l’interphone personne
sans jamais rien demander
alors que j’ai besoin d’aide.

2
Je veux des bottes de sept lieues
non pour la marche
mais pour la pensée :
Petit Poucet sans mes idées
je serais perdu dans la grande forêt
et l’ogre Tristesse aurait tôt fait de me dévorer
ainsi que tous mes frères.
Mais les bottes de sept lieues
jamais ne sont données.
Il faut les arracher aux pieds de l’ogre
pour les mériter.

3
Un jour que j’étais triste, je suis allé marcher au bord du fleuve. Les nuages étaient si bas que je pouvais les toucher en levant la main. Mes pas m’amenèrent à la digue où l’eau du cours supérieur tombe avec fracas dans le cours inférieur. Parmi les objets, détritus et végétaux qui tanguaient dans le bouillon écumeux, une bûche apparaissait, disparaissait en rythme et me semblait vivante. Je la voyais si déterminée à ne pas sombrer que ma tristesse me parut indigne de son combat. Ce n’était qu’une bûche, ce n’était que mon regard mais je compris en la voyant que je devais me battre (contre moi-même ?) pour que ma vie ne soit jamais submergée par la tristesse. En revenant chez moi, j’étais plein de résolutions. Le ciel s’était éclairci et les nuages filaient, inaccessibles.

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7 réflexions sur “L’ogre Tristesse

  1. Les trois poèmes sont évocateurs, mais j’aime plus particulièrement le premier et le troisième. Avec un penchant pour le troisième.
    Je vais m’éloigner un peu ici, mais en même temps pas vraiment, tu verras.
    Je lisais le premier des trois quand m’est revenue en mémoire cette (triste) expérience scientifique où l’on démontrait (Laborit, entre autres) que tant que des animaux sains qui sont aux prises avec une situation difficile peuvent fuir ou se battre, ils s’en sortent généralement bien. Par contre, des animaux sains qui, devant la même situation, se trouvent prisonniers et dans l’incapacité de fuir ou de se battre verront leur état de santé dépérir. Jusqu’à en devenir léthargiques et incapables de réaction.
    Bref, j’me dis que tant qu’on ne fait pas de la tristesse sa prison et qu’on sait s’en libérer ou la fuir avant qu’elle ne nous avale…
    Merci, Jérôme.

    Aimé par 1 personne

  2. j’aime bien le 1er ;
    le second m’a suggéré ceci, qui n’est pas une réponse 🙂

    Les bottes de sept lieues
    ont mangé mes orteils mes pieds mes mollets mes genoux
    et le peu qui dépasse encore
    ne va pas très fort
    alors je peux aller vite et loin mais je n’ai plus grand chose à emmener.

    J'aime

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