Bien au chaud et lignes de fuite

Voici le genre de poème que j’écris, bien au chaud, quand les températures dégringolent, que la nuit s’épaissit et que les lignes de fuite se multiplient :

Chérir la fugue

Ce n’est jamais le bon moment
pour ouvrir la porte et plonger dans la nuit.
Il y a toujours quelque chose à faire
près de la lumière et du radiateur :
laver, vérifier, compter
les soupçons, les verrous, les amis
finissent un à un par s’effacer
et la nuit s’ouvre et m’avale.

Je ne sais pas où je vais mais j’aime
sentir d’épais nuages me frotter le dos
et une forêt de chair peser sur mes paupières
puis pénétrer à l’intérieur de pensées cachées
quelque part ailleurs où il n’y a rien à voir :
départ et retour se confondent dans le noir.
Dans la tiédeur de l’abandon
de soi ou d’autre chose, il faut partir.

Le plus loin possible, partir au hasard
sans aucun repère et sans même voir
le bout de son pied : se fier au hasard
et à la dérive qui m’écarte des villes
dans un chemin de plaine qui ressemble
à s’y méprendre à celui des rêves
quand de ciel en ciel j’échappe aux polices
de la logique et de la gravité.

Toujours j’accélère et jamais ne chute :
j’échappe et j’effleure et je me crois seul
dans la panse nuit alors que nous sommes
mille et peut-être plus, en moi, tout autour,
aux rêves isolés, aux terreurs reliées,
à chérir la fugue, à défier la peur,
délivrés des murs, en apesanteur,
échoués ou lancés dans la course au hasard.

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2 réflexions sur “Bien au chaud et lignes de fuite

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