Randonnées

Pendant une semaine, tous les matins, j’ai écrit un poème. J’ai laissé reposer ces sept poèmes plusieurs mois puis je les ai retravaillés pour leur donner la forme de huitains. Puis je les ai oubliés. Quelques années plus tard je les retrouve et je leur donne le titre de Randonnées parce que c’est un mot qui me plait et parce qu’ils ont fait un bout de chemin avant d’arriver ici.

Randonnées

1
Aucune randonnée, sans artifice et sans effort,
dans cette journée qui ne s’efface pas
ne vaut l’espoir du sommeil, ne vaut la nuit.
Qui donne son or pour dormir dans un lit
ne donne rien qui ne soit précieux.
Demain matin après la traversée,
je saurai bien ce qui est advenu
de tout ce temps perdu à m’endormir.

2
Pris d’un vertige
qui me fait chuter haut
et m’aspire vers le ciel,
je me jette dans le vide
et tombe dans l’extase
d’une chute ascensionnelle,
jamais finie, sans autre impact
que la traversée des nuages.

3
Bleu métallique et froid,
obtuse, grise et compacte,
ma vie à terre, mon ciel d’hiver.
Ma maison est vide.
Mes rêves voyageurs oublient de revenir.
Ou bien ils sont surpris par la tombée du jour.
Ou bien ils sont piégés par la glue du réel.
Ma vie à terre, mon ciel fermé.

4
Mes pieds se tordent, mes reins se brisent.
Qu’il est difficile de marcher
dans les montagnes hérissées
de rochers aux formes humaines :
randonneurs foudroyés
qui, par malheur, reprirent haleine
après des heures arpenteresses
loin des délices de la plaine.

5
Elle déborde et frôle ma fenêtre
l’eau de la rivière, ma folie secrète
qui ouvre et referme ses bras sur ma nuit.
Tous mes faux amis (sont mes vrais désirs)
m’appellent au dehors, me tiennent au-dedans.
Je devrais attendre la fin de l’hiver
pour qu’elle monte encore, ma sagesse sèche,
et me recouvre entièrement.

6
Ne me regarde pas : au travers ou à côté.
Un mot vaut un autre : un silence partout.
Approche-toi encore : ailleurs et tout près.
Je suis loin de toi : un regard caché.
Ecoute-moi dire : éloigne le silence.
Je reste avec toi : tout près à côté.
Le silence ailleurs : ici et partout.
Un mot pour finir : approche-toi encore.

7
Je lève la tête une fois par jour.
Le ciel est bleu, presque irréel.
C’est peut-être la dernière fois,
le dernier ciel, le dernier hiver,
les dernières couleurs translucides et lointaines.
Mais pourquoi se bercer de tristesse :
l’eau et le ciel changent toujours.
Ce n’est jamais la dernière fois.

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