Les animaux ont une vie

Les animaux élevés pour leur viande ne sont pas que des stocks vivants de nourriture. Ils ont une vie de routines et d’événements qui fait face à la nôtre.

La vache vingt-sept-soixante-quatorze

Elle avait de grands yeux bruns,
un mufle rose,
un pelage caramel,
des cornes arquées
et deux étiquettes jaunes
agrafées aux oreilles,
la vache vingt-sept soixante-quatorze.

Elle paissait sur une colline
avec d’autres vaches
un taureau et des veaux,
tous caramels,
étiquettes jaunes
et numéro aux oreilles.

Des parisiens en vacances
les prenaient en photo,
s’émouvaient de leur démarche lente,
de leur grands yeux bruns
et retenait le numéro
de la vingt-sept soixante-quatorze,
la plus hardie du troupeau.

Une fin d’après-midi,
elle se régalait de foin :
dans une mangeoire posée
au bout du pré, elle enfonçait
profondément sa tête
au point d’être coincée
entre les barreaux
par les cornes.

Elle y resta une heure entière
à meugler de détresse
ou de colère ou de surprise
entre deux prises de foin
et le troupeau par petits groupes
venait la voir,
humait ses flancs
puis repartait.

Les parisiens en vacances
appelèrent le paysan
qui vint la délivrer
puis chacun reprit ses activités :
brouter, travailler,
ne rien faire.

Aujourd’hui, elle doit être morte
c’est-à-dire abattue,
dépecée et débitée,
réfrigérée et vendue
par petits morceaux
qui furent chacun
cuit et mangé,
digéré et chié.
Il ne reste d’elle
que le souvenir d’un numéro
et quelques photos
dans le disque dur d’un ordinateur.

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10 réflexions sur “Les animaux ont une vie

  1. Un jour la circulation sur une route de campagne était arrêtée par un petit troupeau de vaches qui semblent-il savaient où elles allaient, du moins pour les premières. Trois ou quatre jeunes vaches ont été séparées du reste du troupeau, s’égarant sur un autre chemin, un peu perturbées peut-être par les automobiles. On les sentait un peu perdues, elles allaient de droite, de gauche, en meuglant. Jusqu’à ce que soudain elles aperçoivent leurs congénères dans un champ, elles se sont alors précipitées, si heureuses qu’elles se sont mises à sauter de joie comme des follettes. Je n’exagère rien, nous n’avions jamais vu ça mais nous ne l’oublierons pas. Bien sûr que les animaux ont une vie.

    Aimé par 1 personne

  2. En traversant la Californie il y a une trentaine d’années, j’ai été traumatisée en passant près d’un « feedlot »… un parc d’engraissement… Je m’en souviens comme de l’une des choses les plus tristes et bêtes (sans jeu de mots aucun) que j’ai vues de ma vie.

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