Je ne suis pas un révolutionnaire

Le point de départ de ce poème se trouve dans un cahier où j’ai retrouvé quelques mots accompagnés de la mention « rêve ». Je racontais brièvement une manifestation qui a mal tourné. C’était avant le mouvement social actuel. Pour écrire ce poème, je me suis aussi inspiré d’une expérience vécue : alors que j’assistais sur une place de Lisbonne à la retransmission d’un match de football au milieu des supporters, un mouvement de panique  m’a forcé à courir dans les rues pour fuir un danger que je ne connaissais pas. Enfin, j’exprime ma difficulté à faire groupe, à avoir des convictions, à exprimer ma colère. J’ai beau y croire, je ne suis pas un révolutionnaire.

Héros fuyard

J’ajoute un regret au désastre :
il y avait du verre brisé sur le trottoir
et les derniers fuyards disparaissaient
poings levés, foulards de sang.
Et, comme toujours, j’étais en retard,
après l’orage, après la révolte,
mais avant la charge des forces
de l’ordre : brutalité des bottes
prêtes à piétiner en cadence.
J’étais accroupi au milieu de la rue
vide, blanche, brûlante, plaqué
au sol par la gravité de l’histoire.
Quoique de tout cœur et tremblant,
je n’avais participé à rien.
Ça n’allait pas faire de moi, hélas,
un héros mémorable.

Je m’étais dit : tu te dresses,
tu offres ta poitrine et tu les défies tous.
Pense à la vue, pense aux réseaux.
Mais mes pieds sont des couards
qui me firent détaler en zigzag.
Qui se souviendra dans le flot des images ?
Fusent les ordres de la charge.
Ce sont les immeubles qui défilent
et les portes qui s’entrebâillent.
Ce sont des mains qui m’alpaguent
et des foulards qui me sermonnent.
Mais pour qui tu t’es pris,
levain ratatiné de la rue aplatie ?
J’enlève un regret au désastre :
juste un fuyard essoufflé
qui échappe à l’histoire.

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10 réflexions sur “Je ne suis pas un révolutionnaire

  1. Qu’est-ce qui fait d’un homme un révolutionnaire ? Il faut parfois très peu de chose pour que l’histoire rattrape le fuyard au tournant et qu’alors il n’ait d’autre alternative que de faire face. Un jour fuyard, le lendemain, héros. Souvent malgré lui.

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