Le bois du jour et de la nuit

Le bois d’une ville, c’est plus qu’un parc mais moins qu’une forêt. On croit s’y isoler mais on y fait toujours des rencontres. On croit pouvoir le traverser alors qu’on finit par s’y perdre. On croit le connaître en réalité alors qu’il s’agit d’un rêve. Cette nouvelle, je l’espère, rend hommage à l’un de ces bois urbains. J’ai aussi été influencé par le récent film de Claire Simon: Le bois dont les rêves sont faits, toujours à l’affiche.

            Vêtu de lycra noir et chaussé de running rouges à semelles jaunes et lacets oranges, je sors courir. Dans mes oreilles coule une musique aérienne mais rythmée. Je commence : les bords du fleuve, la première passerelle au dessus de l’écluse, la deuxième passerelle au dessus de l’autoroute puis la montée vers le bois, un raidillon de deux-cents mètres qui déjà m’écrase au sol. Mes jambes se pétrifient, mes poumons prennent feu mais mon cerveau est aux commandes et décide que je dois continuer.
Le bois n’est pas sauvage, pas moyen de s’y fondre. Allées et contre-allées, la plupart goudronnées, quadrillent les promenades. Je suis le panneau qui m’indique la grande pelouse.  C’est là que les sportifs, les chiens et les philosophes se retrouvent pour tourner en rond. J’effectue un premier tour, deux kilomètres. J’ai enfin trouvé un petit rythme qui jure avec les envolées de la musique mais c’est égal. Mon cerveau peut rêver du ciel, je reste à terre et j’avance.
En ce début de printemps, les arbres pavanent leurs nouvelles feuilles, les chiens brossés et manucurés se dandinent comme des marquis tenus en laisse ( et parfois redeviennent chiens : s’excitent, se poursuivent, se rattrapent, se reniflent, aboient et mordent), les coureurs et les cyclistes, à la défaveur, d’une vue de profil dans le miroir de leur salle de bains, ont sorti leur tenue de sport et se reprennent en main. J’arrête la musique, je débranche mon cerveau. Les observations épuisent une énergie que je dois réserver à mes jambes.
Au deuxième tour, j’aperçois un vieux monsieur vêtu d’un loden vert bouteille  et une vieille dame en gabardine matelassée bordeaux assis sur un tronc d’arbre dans une contre-allée. Ils papotent à voix basse et j’ai l’impression qu’ils se taisent quand je les croise. Peut-être parlent-ils de moi ? Peut-être jugent-ils sévèrement ma silhouette noire aux extrémités rouges-jaunes-oranges ? Peut-être que ma foulée d’honnête piocheur est une insulte à leur conversation ? Mes jambes s’activent : elles veulent en savoir plus. Bientôt commence le troisième tour.
J’aborde le tournant près du château avant la ligne droite et la contre-allée aux troncs couchés. Je retrouve mes deux vieux, loden vert bouteille et gabardine bordeaux, recroquevillés comme prêt à bondir à mon passage. Ma peur et mon inquiétude se logent dans mes semelles. Mon souffle et ma foulée m’accaparent.  Je passe et, dans mon dos, j’entends cette phrase :
– Le monde est fou ma chère, complètement fou.
Il n’y aura pas de troisième tour. Je rentre en trottinant puis en marchant. Le gel de mes semelles a fait ce qu’il a pu pour m’envoyer en l’air, la musique ne m’a stimulé qu’une petite demi-heure, mon cerveau s’est laissé destituer sans broncher. Je n’y crois plus. De gros nuages noirs menacent d’éclater sur le bois. Tant pis pour ma silhouette, le vieux monsieur a raison : laid, mon dé fumeux hacheur, qu’on plait tu m’en fout.
J’ai dû rebranché mon cerveau de travers. Ce n’est pas exactement ce qu’il a dit. Il parlait du monde, il savait quelque chose et sa compagne en gabardine matelassée bordeaux tirait sur l’autre bout du fil : l’immonde elfe fout ma chair, con pelé tu mens ! Pfou !
En sortant du bois, dans le raidillon qui descend en vertige, je me mets à trembler. Mes dents claquent et je n’arrive pas à emboiter correctement mon cerveau sur ma pensée. Il faut que je trébuche pour que la connexion se fasse : une belle gamelle qui troue mon lycra avec écorchure. Le soir va venir, la pluie va tomber. Il est temps de ranger mes running.
Le long de la route du bois, des camionnettes grisâtres s’illuminent : des lanternes font rougeoyer les cabines où des femmes belles et tristes s’apprêtent à se vendre. Est-il fourbu ce monde ? Est-ce vraiment ce qu’il a voulu dire ? Sous la voûte de pierres (un passage souterrain vers la passerelle de l’autoroute), je trottine sur place. C’est alors que mes pieds prennent une initiative : demi-tour. Avant la nuit noire et la pluie, je dois savoir et donc les retrouver.
Autour de la grande pelouse, les coureurs entament leur dernier tour puis s’engouffrent dans les allées sombres en balançant en rythme les bandes fluorescentes de leur tenue. Les chiens et leurs maîtres-valets ont depuis longtemps regagné leurs paniers et les vieux philosophes comme ceux que je cherche ont tous disparus. Pourtant le bois n’est pas vide. Comment pourrait-il l’être ? Il y a toujours des vagabonds à deux ou quatre pattes qui y trouvent le gite. Quand j’approche du tournant après la contre-allée, je ne suis plus sûr d’être au bon endroit. Un tronc couché pour supporter des vieilles fesses ne donnera aucun indice. J’essaie d’éclairer le périmètre avec mon téléphone mais il ne s’allume pas. Du bout lointain de la pelouse, j’entends une cavalcade. Trois loups, bien sûr que non, trois chiens rappliquent ventre à terre. Deux me dépassent et le troisième s’arrête. Bâtard d’ombre aux oreilles tombantes et aux crocs jaunes, il me renifle et gémit. Son gémissement tourne en grognement puis en aboiement bref. Je le chasse en moulinant des bras ou plutôt il m’abandonne pour rejoindre les deux autres qui sont déjà loin et ne l’attendront pas. Ils savent ce qu’il faut faire pour survivre sans laisse ni caresse. Pour eux, le monde est wouf mais leur doctrine m’échappe. Je cherche mes vieux. Ils sont forcément quelque part dans ce bois ou à la lisière. Ils ne s’en éloignent jamais car une sève ancienne les nourrit.
Mes yeux se sont habitués à l’obscurité. A la place de l’amas entrecroisé de ténèbres, je distingue des arbres, minces ou énormes. Je commence à frissonner. Les premières gouttes de pluie me touchent. Plutôt que de suivre un sentier, je m’enfonce dans le sous-bois. Je marche comme un échassier et je fais craquer des branches. Je me dirige tout droit mais le monde est courbe et je dévie sur la gauche vers une forme bleu ciel, comme un wigwam opalescent dans l’obscurité. J’approche, cogne du pied quelque chose. La forme se précise : un abri fait de bâches bleues sur des palettes et des caddies. Au moment où je m’apprête à en faire le tour, une lumière m’aveugle, pleine face.
– Qu’est-ce que vous voulez ?
– Je cherche… (j’hésite à dire que je cherche le secret du monde et même que je suis perdu loin de chez moi), je cherche un vieux monsieur et une vieille dame que vous connaissez peut-être.
La lumière se baisse et éclaire mes pieds près desquels flanche une vieille bassine vide
– Vous avez renversé mon eau.
Je commence à m’excuser mais la voix m’interrompt :
– Approchez, entrez, baissez-vous.
A tâtons, j’obéis. La lumière s’éteint. Une autre se lève, plus douce. Je suis sous le wigwam d’un vieil indien qui sait peut-être comment va le monde même si mon cerveau me signale que j’obéis à un réprouvé sans logis qui a trouvé refuge dans le bois des prostituées et des trafiquants. Je m’assieds en tailleur. Il est allongé sur un lit fait d’une planche et d’une fine couche de mousse grise. Un amas de vêtements le recouvre sauf des bras nus et une tête d’enfant tannée par l’alcool.
– Alors comme ça, vous cherchez quelqu’un ?
– ils étaient sur un tronc d’arbre au bord de la grande pelouse. Ils avaient l’air de savoir quelque chose que j’ignore.
Il me regarde alors je le regarde. Ses yeux étrécis sont d’un bleu très pâle. La pluie tambourine sur les bâches. Cette position assise est inconfortable.
– J’ai besoin d’eau pour ma toilette et ma cuisine, finit-il par dire. Je suis trop malade pour retourner en chercher. Il y a un robinet un peu plus loin, tout les gens du bois l’utilisent, même la nuit. Vous avez renversé ma bassine, vous devez la remplir.
Comment ai-je pu croire qu’il savait quelque chose ou qu’il connaissait quelqu’un ? J’esquisse un mouvement de départ mais mes genoux sont verrouillés.
– Vieux et vieilles se ressemblent tous. Ceux que vous cherchez sont comment ?
Même si j’apprécie qu’il ne me demande pas pourquoi je les cherche, je suis bien en peine de les décrire.
– Le vieux ne portait pas ce genre de manteau par hasard ?
Il sort de son fatras un loden vert bouteille qui apparait soudain comme une tunique d’opulence.
– Et pour la vieille, c’était ça, n’est-ce pas ?
A côté, il étale une gabardine matelassée bordeaux. Ce clochard serait donc le costumier de la sagesse. Je dois lui obéir si je veux en savoir plus. Il m’indique que le robinet se trouve à la jonction de deux allées, en face d’un énorme chêne, éclairé comme un monument, à cent mètres sur la droite derrière son abri. Mais avant de sortir, il me retient, une main posée sur mon pied.
– Qui me dit que vous n’allez pas me voler ma bassine ?
– Je vous assure que je vais revenir. J’ai tant besoin de savoir.
– Le monde est plein de gens dans votre genre : avides de connaissance mais avares d’eux-mêmes.
Je n’apprécie pas ce ton, ces mots, ce regard. Je ne suis obligé à rien. Mon cerveau déverrouille mes genoux et je recule mais sa main agrippée à mon pied me retire une running rouge à semelle jaune et à lacets oranges, la gauche.
– En gage ! s’écrie-t-il, je vous la rendrai quand vous serez revenu avec ma bassine pleine et je n’oublierai pas de tout vous dire sur les vieux.
Après la pluie, la bruine, c’est pire ou mieux, ça tord les distances. L’estafilade au genou me fait boiter à moins que ce soit ma jambe plus courte que l’autre. Je porte la bassine sur ma tête et la maintiens d’une main. Ainsi l’on fait, je crois, pour les corvées d’eau. Par hasard, j’arrive au grand chêne, éclairé de l’intérieur des branches et ceinturé d’un banc où est assis une douzaine de personnes pourvues de récipients en tout genre. Aucun mot, aucun sourire, aucun regard. Le robinet est sur la droite, j’entends le glouglou. Je me doute qu’il faut faire la queue. Mais comment savoir où elle commence et finit sur ce banc circulaire ? Je trouve une petite place entre un vieillard et une enfant.
Décalage et rotation : mon tour approche. Au bout d’un mince tuyau qui sort tout droit de la terre, le robinet délivre son eau et chaque personne l’honore et le remercie. Une fois son récipient plein, le récipiendaire s’enfonce dans le sous-bois proche. Le vieillard vient de se lever pour remplir une bouteille en plastique d’un litre et demi. Il marche difficilement, il souffle. Il est chaussé de tongs qui claquent à chaque pas. N’est-il pas celui que je cherche ? dans ses soupirs n’y a-t-il pas toute la peine et peut-être la sagesse du monde ? je l’observe mais je ne l’aide pas. Le jet trop puissant gicle sur le goulot et l’éclabousse. Quand il a fini, comme les autres, il disparait.
Je suis assis en face du robinet et l’agitation des gens à ma gauche me fait comprendre que je dois y aller. Au moment où je me lève, une main se glisse dans la mienne. La fillette m’accompagne. Elle utilise la ruse classique des enfants seuls : se mettre dans le sillage d’un adulte inconnu pour obtenir sa protection. Cette main minuscule m’a fait tressaillir. Le monde est doux, parfois. De l’autre main, la fillette (tignasse brune, yeux noirs) porte un jerrican en métal qui lui arrive à la taille. Je comprend pourquoi elle a besoin d’aide.
le robinet est grinçant et glacé. L’eau coule drue et résonne dans le jerrican. Je m’aperçois que j’ai oublié la bassine sur le banc. Je me retourne et je la vois qui passe de mains en mains autour du grand chêne. Je n’irai pas la rechercher. Le monde est filou. Tant pis pour la bassine, tant pis pour la sagesse, tant pis pour la running.
La fillette me donne une tape sur la main. C’est plein, il faut la suivre. J’empoigne le jerrican tandis qu’une matrone blonde prend déjà place devant le robinet. La bruine a cessé. Le ciel noir se dégage. De la terre monte des odeurs de racines et d’humus. La fillette me fait signe de me dépêcher. Je claudique, lui demande d’aller moins vite. Après quelques sauts de cabri, elle se retourne.
– Moulin vide ? Molle invite ?
Le bras gauche ankylosé, je fais une pause (ou plutôt la fillette me l’accorde) sous un lampadaire qui éclaire une piste de terre meuble. Nous sommes vite entourés d’une troupe de gamins tout heureux de retrouver leur camarade et le jerrican plein. C’est à peine s’ils remarquent ma présence. La troupe s’élancent sur la piste, la fillette en tête. Des interjections aiguës, des signes de toutes les mains me font comprendre que je fais partie de leur cortège désormais.
Ces gamins me font trotter comme un poney bâté. L’exercice est plus pénible qu’une heure de course à pied quelle que soit la musique qui coule dans les oreilles. A mesure que j’avance d’autres personnes se joignent à nous : des vieux bedonnants qui se déhanchent en voulant se dépêcher, des amoureux quasi siamois à force de marcher enlacés, de maigres solitaires des trois sexes au regard caché sous des casquettes et des chiens de toutes races, tous libres. Je devine, je crains et j’espère que nous allons à une fête et que l’eau du jerrican va y être indispensable.
Après un long trajet, la fillette revient à mes côtés et me redonne la main. Le cortège se range derrière nous, chiens et humains mêlés. Nous arrivons aux terrains de foot alignés au bord du périphérique, à la lisière du bois.  Les huit ou dix terrains contigus sont noirs de monde et d’autres cortèges arrivent avec à leurs têtes une personne ou deux chargées de victuailles, de boissons ou d’eau. Je  me laisse guider par la fillette et nous traversons trois terrains où la foule est figée et silencieuse, comme en attente d’un signal. Quelques regards furtifs me font comprendre que nul ici n’est à sa place dans le monde du jour qui fait son sport, promène son chien ou admire les frondaisons en délivrant sa vérité. A quoi reconnais-je les réprouvés ? A leurs vêtements acquis par charité ? A leur silhouette bancale, trop grosse ou trop maigre, trop raide ou trop molle ? A leurs regards enfiévrés par les drogues, la faim, l’insomnie et la revanche ? Ou à leur air de défiance quand ils me voient passer guidé par une gamine avec un jerrican qui cogne contre ma jambe ? Le monde flotte et je claudique à m’y maintenir.
L’eau du jerrican est destinée à une piscine gonflable installée près de poteaux de but et d’un lampadaire. Cette piscine est remplie avec divers récipients portés par diverses personnes, toutes plus jeunes que moi. Le niveau de l’eau atteint le troisième boudin grâce à notre apport. C’est suffisant pour s’y baigner. Je me sens inutile, une fois le jerrican vidé et j’ai même un peu de remords pour la bassine que j’aurais dû retourner. Le loden vert bouteille et la gabardine matelassée bordeaux me paraissent si loin et la sagesse qu’ils cachaient me semble si vide que j’envisage un instant de rentrer chez moi. La vacuité me penche en avant et un grand coup de pied aux fesses me précipite dans la piscine. Entre le plouf et l’immersion, la foule figée s’est changée en fiesta. Quand j’émerge, une dizaine d’enfants grenouille autour de moi et une horde de chiens plonge, lape, mordille et s’ébroue. Le monde est folie en plus d’être fou.
Je sors péniblement. Comme l’eau était glaciale, je grelotte. La fillette m’a lâchée après m’avoir poussé. Elle apparait et disparait dans des slaloms et des courses-poursuites avec d’autres gamins entre des groupes d’adultes en pleines palabres. Les basses profondes d’une sono invisible frappent ma poitrine toutes les demi-secondes. Je sens l’odeur alléchante de barbecues et celles écœurante des mélanges de jus de fruits et d’alcool.
Après une bonne centaine de pas, je m’aperçois que je ne boite plus. J’ai laissé l’autre running, la droite, dans la piscine où deux chiens se disputent un bout de semelle jaune.  Je suis en lycra troué et chaussettes, plus démuni que la plupart des réprouvés qui font la fête. Je traverse les terrains de foot envahis par les supporters de la nuit et je trouve refuge près d’un brasero, assez loin des lumières du périphérique. Ici, la sono s’entend à peine et les bonnes odeurs s’atténuent.
Je me sèche longtemps les mains au dessus des braises puis le torse en me penchant puis le dos en me tournant. Quand je suis réchauffé, je m’aperçois que je fais face à un groupe d’hommes qui me regardent en silence. Ils sont jeunes et vieux aux crânes rasés, aux visages tannés, aux regards sombres. Ils viennent de loin sans doute. Une assiette en carton circule jusqu’à moi, avec une cuisse de poulet grillé dedans. Un vieillard aux rides innombrables me fait signe de manger. Son regard est autoritaire à moins qu’il soit très doux. J’obéis. Je déchiquète, je mastique. Un gobelet arrive ensuite, que je dois boire cul sec en renversant la tête : alcool fort qui me fait sortir des larmes. Tout va beaucoup mieux.
– We are all brothers under the sky, aren’t we ?
Un jeune homme très beau dit en anglais ce que pensent les autres et ces autres s’approchent des braises pour que leurs yeux flamboient.  Frères sous le ciel, feu rare saoule scie aile, beurre aux airs une d’heure ce ski, aille. Tout comme le monde n’est fou que quand ça l’arrange, mon cerveau a saisi mais ne veut rien lâcher. L’assiette part vide et revient pleine des gâteaux au miel et aux amandes. Les hommes me regardent manger en souriant, heureux que je me régale.
Quand j’ai terminé, ils se prennent par les épaules et moi aussi puisque je suis sous le ciel avec eux. Nous commençons à danser, ce qui est facile quand on a le ventre plein et qu’on a bu de l’alcool fort. Les pas sont simples : les pieds se croisent et se décroisent, les genoux se plient. Une chanson monte et s’accorde au battement lointain de la sono. Je me glisse dans une langue qui dégringole comme les pierres d’un pierrier de haute montagne et j’imagine une chanson de retour glorieux au pays natal : boue rose heureux endort Zeus caille, hante oui ?  Nous dansons jusqu’à ce que le brasero s’éteigne et même longtemps après. Enfin, je sens que mes pieds nus ou presque (les chaussettes) ne touchent plus terre. Grâce à ces mains puissantes qui empoignent mes épaules, grâce à cette chanson interminable qui comme nous et comme le monde tourne en boucle et un peu de travers, j’ai l’impression de trouver ce que je n’étais pas venu chercher. Je ne saurai définir ce trésor. Mon cerveau n’a aucun mot à me fournir. Peut-être qu’un autre gobelet d’alcool m’aidera.
J’en bois plusieurs. Ils viennent à moi. Il faut les partager avec mon voisin de droite sans cesser de danser ni prendre de retard dans la chanson. Ça a le goût du feu ou peut-être celui du ciel. Qui les verse? De quelle bouteille ou flasque ou cruchon? Je ne sais pas. Tout comme je ne devine pas que le gobelet de trop va me cabrer, me casser, me plier, me tendre puis me projeter au sol, gueule contre terre pour rendre tout ce que j’ai pris.
Ensuite, je trouve la force de ramper quelques mètres. Je m’adosse à un muret qui marque une limite. Je regarde ce monde mouvant avec mes frères-sous-le-ciel qui dansent et chantent en se tenant par les épaules. Un peu plus loin, les réprouvés sont en grandes discussions, mangeailles et boissons. Leurs enfants courent après les chiens qui courent après les restes des barbecues. Il y a aussi quelques prostituées et quelques indiens au bord des terrains mais je ne vois pas de sportifs ni de philosophes. Mais je peux me tromper. C’est la nuit, c’est la fête. Je m’assoupis plusieurs fois puis je finis par m’endormir. Je sens qu’on étale un vêtement sur moi . Mon cœur bat toutes les demis secondes.

J’ai également écrit un poème sur le film de Claire Simon dont je parle dans l’introduction. A lire ici.

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9 réflexions sur “Le bois du jour et de la nuit

  1. Mes qué lavant’ ure
    Sait deux-là peau et zi toussa
    Émoi sa medaune en vie deux passé
    Hu neu soie ré ô prêt dune banc de
    Deux gît tant
    Deux beau aimes
    En vie deux dent sez avèkeu
    Deux champ thé avèkeu
    Brais feu… de vivre comme frères et sœurs sous le même ciel
    Et je me souvenais du poème…
    Bravo Jérôme. Quel souffle.
    Et c’était plutôt coulant, si on me demande.
    Belle histoire, beau moment.

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    1. Merci Caroline. Sept faces ont des queues-rires ou plutôt cette façon d’écrire m’a été inspirée grâce à la lecture d’Annie Lebrun qui signalait que l’utopiste Charles Fourier écrivait de nombreuses lettres en usant de ce procédé. Il ne s’agissait pas seulement pour lui de jouer avec les mots mais aussi de les détacher du carcan du sens. Une utopie du langage en quelque sorte (cela fait une définition valable du jeu de mots, finalement). Bref, je m’y suis essayé plus modestement mais dans cette idée de la recherche mystérieuse du bonheur qui est au cœur des utopies.

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