Toutes les possibilités

Lorsque je me demande pourquoi j’écris (plutôt que de me promener, voir des amis, faire du sport, militer, participer activement au monde), je peux trouver une raison morale, comme s’il s’agissait d’une mission ou parler d’une pulsion irrépressible. La réalité est sans doute entre les deux, c’est pourquoi je propose deux textes. Mais j’ajoute également un passage du livre que je lis en ce moment : Roman de Linda Lê aux éditions Bourgois.  J’ ai noté que L., personnage d’auteure, écrit parce qu’elle a « le sentiment de vivre une vie qui s’enrichissait de toutes les possibilités ». Proposition vertigineuse qui vaut aussi pour la lecture.

 

Voir et dire

Ne pas taire ce qui est à terre,
dire ce qui est tombé : voir
les mendiants et les vieillards.

Ne pas taire ce qui est tué,
dire ce qui vit encore : voir
les crevards et les déviants.

Ne pas taire ce qui se terre,
dire ce qui est caché : voir
les agonisants et les fuyards.

Derrière les mots

Je cours derrière les mots
comme derrière un traineau
qui glisse dans la blancheur
et verse dans la noirceur
d’une page à écrire.

 

« Elle se demandait même si elle écrirait encore, si elle était encore capable d’inventer des fictions qui étaient pour elle une seconde vie, non qu’elle vécût ainsi par procuration, mais elle avait le sentiment de vivre une vie qui s’enrichissait de toutes les possibilités, une vie où elle était tout, elle qui souvent avait la certitude de n’être rien, une vie où elle renaissait autant de fois qu’elle mourrait, une vie où elle changeait de peau autant de fois qu’elle le souhaitait, une vie où elle se surprenait d’être à l’opposé de ce qu’elle était réellement, où au fond d’elle-même se menait un perpétuel branle-bas de combat »

Linda Lê dans Roman, page 19. Editions Bourgois, 2015.

 

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7 réflexions sur “Toutes les possibilités

  1. Thème que l’on se pose souvent en tant qu’auteur, auquel il n’y a pas de réponse définitive, mais que tu évoques très bien. Et si, tout simplement, on ne pouvait faire autrement ? Si on écrivait parce que c’est notre manière de survivre et de vivre ? J’aime beaucoup l’extrait également, dans lequel je me reconnais (et je ne suis sans doute pas le seul… ce qui est la marque des bons auteurs)

    Aimé par 2 people

    1. Les livres de Linda Lê sont originaux et profonds. L’extrait en est un exemple. Ne pas pouvoir faire autrement (alors qu’il y a pleins d’autres choses très agréables à faire) est une réponse valable.

      J'aime

  2. Bonjour Francis,

    Je m’apprêtais à commenter l’article de Jérome, j’allais par exemple citer Cioran « J’écris par misère interieur » et bien d’autres car je suis d’accord avec toi, l’écriture est une question pour les écrivains, beaucoup écrivent sur l’écriture, elle leur apparait souvent comme une anomalie (Je pense entre autre à notre hôte, voir sa présentation), et puis en te lisant une autre question m’est venue, « Qu’est ce qu’un bon auteur ? ». Quelle est ta réponse s’il te plait ?

    Vincent

    Aimé par 1 personne

  3. Sophie G. dit :

    Pour moi écrire n’est pas vraiment un choix à part entière, mais une pulsion qui démange, un besoin viscéral qui prend souvent le pas sur d’autres activités. Pourquoi écrire plutôt que faire autre chose? Sans doute parce que c’est prioritaire…

    Aimé par 2 people

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