Quatre éléments, quatre poèmes

Est-ce l’approche du printemps qui m’incite à écrire sur les quatre éléments de la nature ? Sans doute mais mon intention (et mes possibilités) n’est pas de les célébrer dans des élégies, des odes ou des idylles. Je me sens plus à l’aise dans la trivialité de la vie quotidienne.

1.Terre

En terre

En terre, que dire,
il n’y a rien à faire,
tout est brun.

Les beaux jours sont finis
et la pluie s’insinue.
On s’ennuie.

Les regrets comme les vers
vous rongent de travers.
C’est foutu

pour monter en surface
et effacer les crasses
qui font tâche.

Alors on se raconte
que la mort est immonde.
On s’ennuie moins.

Mais la vie continue
de piétiner le temps
en mesure

pour que l’espoir crevé
laisse le moment présent
s’accomplir

et s’accoupler les mots
avec les remords
qu’on enfouit

bien profond dans la terre
où rien ne doit sortir
qu’un murmure.

2. Feu

Froid aux yeux

Bientôt la fin du monde :
sur les réseaux crépitent
les vidéos de survie
où l’urine est nectar
et les larves délectables,
où ne restent que ceux
qui n’ont pas froid aux yeux.
Je suis d’un autre monde
au regard intérieur.
Tant pis si je meurs
ce ne sera pas de froid
mais d’indifférence
car je sais faire un feu
mais pas une vidéo.

3. Air

Mes produits

Où sont mes produits,
mes petits amis
au long souffle ?

Dès que je les perds
s’ouvre un grand trou d’air
dans ma bouche

par où tout se mêle,
le vent et le ciel,
tout s’engouffre :

le sol et la bouche
de l’aérosol,
je m’essouffle.

Mais faut-il encore
que le sort m’accorde
quelques molécules

qui ouvrent en corolle
mes bronches et bronchioles
minuscules

et pourtant avides
de changer la mort
et ses gouffres

pour un ciel d’aurore
jusqu’au crépuscule
et une vie limpide.

Où sont mes produits,
mes petits amis
au long souffle ?

4.Eau

La nage

Il faut que je me remette à la nage
puisque que le printemps approche.
Il faut que je coule dans les eaux sombres
du jour perdu où je trouve ma force.
Il faut, comme avant, que je plonge
dans la rivière, dans le lac et dans la mer
car les courants et les vagues m’ont façonné,
car la descente vers le fond me réjouit.
J’ai passé beaucoup de temps sur le bord,
desséché et indécis,
mais maintenant que le printemps approche,
il faut que je retrouve mon élément.

 

Publicités

13 réflexions sur “Quatre éléments, quatre poèmes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s