Trois poèmes avant le sommeil

Parmi les moments insaisissables, il y a celui de ma naissance, celui de ma mort, et, entre les deux, le moment quotidien où je m’endors. Je n’ai jamais conscience du passage de la frontière entre le réalité et le rêve. J’ai beau vouloir saisir ce moment précis, je finis toujours par lâcher prise pour un plongeon que je ne contrôle pas. Le sommeil m’est inconnu. Je ne peux pas savoir combien de temps je vais dormir ni les rêves que je fais faire. Il y a là de quoi écrire quelques brefs poèmes :

A mon approche

Cette nuit je me demande :
y a-t-il sous mon lit quelque chose de vivant ?
J’ai pourtant passé l’âge des terreurs nocturnes
– le bruit de l’escalier, l’ombre derrière la porte –
ou bien j’ai atteint l’âge de rejoindre le territoire
des monstres sans contours
qui m’ont aimé toute mon enfance
alors que j’en avais peur
et qui maintenant tremblent et se blottissent
à mon approche.

Le plus loin possible

Cœur qui grince,
voix insaisissable
derrière le mur :
c’est un bébé qui pleure,
c’est la télévision d’un insomniaque,
c’est le sommeil que l’on repousse
le plus loin possible.

A la frontière du regard

Le sommeil, la veille
et les rêves en interstices :
par mes yeux entrouverts
s’échappent les désirs,
sous mes paupières baissées
pénètrent les regrets.
A la frontière du regard
intérieur, extérieur,
je vais bientôt m’endormir.

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12 réflexions sur “Trois poèmes avant le sommeil

  1. Pour moi c’est le premier mon préféré et vue l’heure à laquelle j’écris ce commentaire, mon sommeil est imminent, je vais donc rejoindre mes petits monstres et leur faire faire de joyeux cauchemars. Bonne nuit, Jerôme.

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  2. belle exploration sensible d’un moment qui nous échappe – ou nous nous échappons – ;j’aime beaucoup le second ce qui ne veut pas dire que je n’apprécie par les autres. Et sans vergogne, je propose cet haïku boiteux :

    le monstre blotti sous mon lit
    – effrayé –
    guette mon sommeil.

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  3. Le premier poème me rappelle une porte plaquée bois dans ma chambre d’enfant… il s’y trouvait une forme qui ressemblait beaucoup à un visage monstrueux… je revois facilement ce visage… que j’ai fini par cacher, à l’adolescence, avec une grande affiche sur laquelle était écrit « Je pense donc je suis, Descartes »…
    Le moins qu’on puisse dire, c’est que le sommeil est un gouffre qui demande, tant quand il vient que s’il nous échappe, un certain lâcher-prise.
    Il est minuit trente chez toi. Alors, bonne nuit, Jérôme.

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    1. La raison plus forte que l’imagination grâce à Descartes ? Pourquoi pas si ça permet de s’endormir ! Je lis ton commentaire avec une nuit et une journée de décalage. A mon tour, je te souhaite bon sommeil, quelque soit l’heure…

      Aimé par 1 personne

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