Les nouvelles dames du temps jadis

 

Je viens de lire une anthologie de poésie espagnole présentée et traduite par Claude de Frayssinet. Parmi tous ces excellents poèmes, il y en a un qui a retenu mon attention et je le propose ici. C’est une variante de la Ballade des dames du temps jadis de François Villon. L’idée géniale du poète espagnol José Maria Alvarez est de prolonger la nostalgie des belles femmes et des temps heureux en cherchant du côté des chanteuses, des stars hollywoodiennes du vingtième siècle. Ses dames à lui se nomme Billie Holiday, Judy Garland ou Edith Piaf, stars incandescentes qu’il fallait aimer de loin et ne jamais oublier. Villon ne le savait pas mais il était un bluesman. Bessie Smith n’était pas allée à l’école mais c’était une poétesse.
Pour accompagner ce poème, je propose justement d’écouter Bessie Smith, une des premières grandes stars afro-américaines qui dans les années 1920 vendait des milliers de disques. Une frondeuse qui assumait sa liberté, sa gaité, sa richesse, capable de tenir tête aux encapuchonnés du KKK, de repousser les avances de riches hommes blancs et d’accepter celles de belles femmes noires. Elle savait aussi d’où elle venait et où elle retournait : dans la misère et le mépris. Dans Gimme me a pigfoot, elle chante la joie incandescente d’une fête qui va forcément mal finir. Villon dans ses tavernes devait avoir le même pressentiment.

Persécution et assassinat de Billie Holiday

par José Maria Alvarez

Dites-moi où n’en quel pays,
Est Marlène Dietrich, la femme en or,
Blue Lu Barker, Lizzie Miles,
Putes de satin et de nuits profondes,
Bessie Smith qui incendiait la mort,
Tendue et magnifique,
Dans son nuage d’alcool et de marijuana ?
Et nous qui les avons tant aimées ?

Où est Edith Piaf,
Décomposée dans un miroir d’éclairs,
Que l’amour couronna sur la misère ?
Elle fut la fidèle compagne de nos sombres nuits.
Et où est « Ma » Rainey
L’austère fille de Georgia
Qui chantait le blues comme Villon devait réciter ?
Et nous qui les avons tant aimées ?

Judy Garland, sa lumière merveilleuse
Qui, en s’éteignant, scella nos années de jeunesse.
Maria Callas, Concha Piquer, Zarah Leander,
Lil Green et la grande foire des désespérés.
Et Billie Holiday, la jeune fille des bordels,
Qui fut assassinée à New York ?
Où sont-elles, ô nuit souveraine ?
Et nous qui les avons tant aimées ?

Non, ne me demande pas cette nuit
Non plus que les autres, où elles sont,
Ces mots ne doivent pas troubler ton cœur :
Et nous qui les avons tant aimées ?

 

 

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7 réflexions sur “Les nouvelles dames du temps jadis

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