Un autre poème de métro

 

L’autre jour en prenant le métro, je vois une grande affiche pour un téléphone ou une tablette.Mais c’est surtout le slogan qui m’interpelle : « Capturez l’invisible ». Je me dis : « Drôle d’idée ! » et c’est le début d’un poème de métro dont je rappelle la règle (selon Jacques Jouet) : composer quand le métro roule, écrire quand il est à l’arrêt, changer de strophe à chaque correspondance.

Une toute petite affaire
(Poème de métro : ligne 8, ligne 6)

Capturer l’invisible, même un téléphone fait ça.
Mais relever la tête et sourire
parce qu’il a failli tomber en bondissant dans le wagon,
parce qu’elle dodeline en caressant son livre bleu,
je peux encore le faire.
Un grand gars encapuchonné s’assied à mes côtés.
Il écarte ses jambes pour marquer son territoire
puis les resserre et les replie quand une ribambelle arrive :
enfants ou Jedi, je ne saurais dire.

Un bébé rose escalade son père
puis s’élance tel Tarzan :
les pias-pias sont des lianes
qui le font danser sur nos têtes.
Ma voisine lit un journal
qui compare le prix des cafetières.
Difficile de savoir ce qui m’amuse ou m’exaspère.
Cette jeune femme est tellement belle
qu’elle ressemble à un robot de chair.
Il pose le menton sur sa tête,
son copain en propriétaire.
Elle soupire et rectifie la position
de son foulard et de son sourire.
Ce soir, les gens discutent entre eux
et les téléphones sont rangés.
Observer puis écrire
est une toute petite affaire
qui ne lasse pas d’intriguer.
Glaner, grappiller, griffonner
suffit amplement pour m’étourdir
alors capturer l’invisible, merci bien.

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20 réflexions sur “Un autre poème de métro

  1. J’y vois surtout une capture du temps. Ce poème est un comme un instantané photographique et donne du vécu tout frais du jour.

    C’est pas facile cette histoire de poème de métro, je m’y suis essayée l’autre soir sur quelques stations (dans les règles), tu m’y fais repenser, je sors mon carnet, voilà, juste comme un clin d’oeil :
    J’étais partie pour aller au musée
    Je me suis retrouvée nez cassé
    Le métro s’est longuement arrêté
    Me suis concentrée à ne pas penser
    Tu voudrais corriger mon poème ohé
    Mais tu ris plutôt que de t’y coller

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  2. Capturer l’invisible cela eu pu être la phrase de quelqu’un en quête spirituelle
    Et finalement c’est ce que j’ai cru percevoir dans ton texte, il m’a sembler que tu cherchais à voir au delà de ce qui ce donne à voir, du coup j’ai été surpris par la fin, j’aurais bien vu un truc du genre,
    Glaner, grappiller, griffonner
    suffit amplement pour m’étourdir
    N’est-ce pas plutôt cela glaner l’invisible ?

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    1. La spontanéité est nécessaire à ce genre d’exercice. Du coup, il peut y avoir quelques contradictions mais je les accepte. Quant à la quête spirituelle, je ne m’en rends pas compte. Je trouve la réalité assez fascinante, même en surface !

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  3. Ah, mais c’est tellement beau ce poème, tellement vivant!
    Faudrait que je m’essaie à la chose… mais je suis si rarement dans le métro… aujourd’hui j’y étais, j’aurais pu!
    C’est beau… j’aime particulièrement le passage de la femme… déjà le « tellement » me fait chaud… … et ensuite…
    Il pose le menton sur sa tête,
    son copain en propriétaire.
    Elle soupire et rectifie la position
    de son foulard et de son sourire.
    On y est avec toi, Jérôme. C’est vraiment bon et doux.
    Merci… Ou plutôt…. merci bien.

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis flatté que tu es eu l’impression d’y être. En fait, le couple en question est composé de trois couples. Les stations défilaient tellement vite, les gens montaient et descendaient sans faire attention à moi. Le couple que j’avais choisi pour modèle avait été remplacé par un autre au moment où je relevais la tête puis par une autre encore. Le plus étrange c’est que le premier couple était jeune, le second d’âge moyen et le dernier d’âge mûr, comme trois étapes de la vie. Le métro est inspirant parfois.

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    1. Merci Francis. Je reconnais que le poème de métro aux heures de pointe c’est au dessus de mes forces. Et puis souvent, je rate mon coup, j’ai la flemme d’écrire ou je pianote sur mon téléphone, comme tout le monde !

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