Un jeu de patience

Je lisais l’autre jour ce court poème d’Alain Bosquet :
Un poème,
c’est un jeu de patience : on met en terre un arbre,
et va savoir au bout de vingt-cinq ans, s’il donne
des corbeaux ou des pommes pourries !
Cela m’a incité à fouiller dans de vieux papiers à la recherche d’un poème de vingt-cinq ans d’âge, suffisamment éloigné de moi mais que je puisse encore reconnaître, pour voir ce que cela donne. Corbeau ? Pomme pourrie? Fruit immangeable ? Oiseau insaisissable ? je n’en sais rien.
Ce que je sais c’est que je cherche toujours quelque chose d’introuvable.

Poison

Je cherche le mot juste
Le mot infime
L’aiguille de la balance
Autour de son axe tournent les étoiles

Je cherche le mot miroir
Qui envoûte et bascule
L’apparence des choses

Ailleurs
la mort est une douce fête
que chacun prépare secrètement
les chants sont les fruits des mémoires
et les enfants sont encore sauvages
sur les rivages fourbes
Ailleurs

Je cherche le mot noir
Cœur ultime de l’amour
Le mot châtié
Par les mains innocentes des anciens

Je cherche le mot rêvé
Léger comme un abîme
Un regard d’assassin
Rôdeur et immobile
Mot de chair et d’épines

Le mot poison
Que scande la folie
Dans son flot de diamant

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13 réflexions sur “Un jeu de patience

  1. Voici un bien bel arbre déjà, avec des phrases qui ont bien pris racines. C’est toujours intéressant, et émouvant, de se relire après tant d’années, et parfois, de se reconnaitre toujours. J’en ai également publié quelques uns sur mon blog du même genre de millésime !

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  2. A 25 ans d’âge, ce poème porte de beaux fruits rouges et un corbeau bien noir.

    – : héberger des corbeaux n’est pas le pire rôle qui soit – voir Villon ou Poe – ; et une pomme pourrie porte la possibilité de la naissance à un arbre – c’est même le seul motif de son pourrissement.

    Aimé par 3 people

  3. Si un jour, dans ma jeunesse, on m’avait dit que je consacrerais ne fût-ce qu’une seule minute de ma journée à lire de la poésie, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant, j’en suis là mais je n’ai plus le stress du « pour lire, il faut comprendre ». Je me laisse asperger par les mots, les vôtres, ceux des autres, et j’ai l’impression d’être sous une douche rafraichissante, tout simplement. Je me laisse toucher, effleurer, caresser. Pour cela, fi de la compréhension ou de l’analyse. Puisque je pars en voyage, puisque vous m’emportez un soir, un jour, je pars avec vous.

    Aimé par 2 people

    1. Merci Anne, je suis très touché. Et je suis d’accord avec vous : la poésie est donnée à tous. Comme tous les arts en fait. Je crois que la compréhension et l’analyse opèrent toujours en nous mais en passant par l’émotion. L’érudition, cela vient après ou pas. Et puis, il n’y a jamais d’obligation de comprendre ou d’apprécier une œuvre. les sentiments ne se commandent pas !

      Aimé par 2 people

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