Volupté amère

L’idée de ce poème m’est venue en écoutant un groupe franco-brésilien, Rivière noire, reprendre « sodade » de Cesaria Evora, la grande chanteuse capverdienne. Je me disais qu’il n’y avait pas de mot en français pour exprimer cette nostalgie pleine de volupté amère contenue dans la saudade. En français, la tristesse ne m’évoque aucun plaisir, aucune souffrance délectable. Je me suis essayé à écrire sur ces deux mots : saudade et tristesse.

Voici la version de Rivière noire :

https://www.youtube.com/watch?v=O7RKOs2PpdE

Saudade ou tristesse

J’aime me souvenir de mon pays perdu
où le soleil ardent traverse les oranges.
Dans le regard des vieux reste la bienveillance
pour l’été, la danse, une virée en scooter
dans les collines, à l’aube, jusqu’à la mer.
Saudade ou tristesse ? Comment les reconnaître ?
Car j’ai tout inventé, surtout la bienveillance.
J’entends une voix qui me dit : retourne-toi,
la mer est toujours grise. Ce ressassement
me jettera contre n’importe quelle ville
où la jeunesse en chœur piétine la vieillesse,
où la vieillesse chante pour payer ses dettes.
Quelle différence entre saudade et tristesse ?
Murmure cadencé, les larmes de saudade.
Jaillissement brûlant, les larmes de tristesse.
Et si c’était égal malgré les apparences.
Aucun soleil ne peut traverser une orange
et mon pays perdu n’a jamais existé.

Et voici la version de la grande Cesaria Evora :

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7 réflexions sur “Volupté amère

  1. J’ai arrêté les variations Goldberg (Bach contre la tristesse, c’est pas mal) pour écouter Cesaria, et je n’ai pas perdu au change. A partir du moment où Eluard dit que la terre est bleue comme une orange… pourquoi le soleil ne pourrait traverser cette orange. Tu parles de nostalgie pour la saudade, On peut être triste en ignorant ce qu’est la nostalgie. Merci pour la saudade et Cesaria.Evora.

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  2. Qu’il ait ou non existé ce pays, il est beau, beau à lire, beau à penser. C’est un vrai beau poème que celui-là, Jérôme. Et je ne crois pas qu’on puisse à ce point inventer la bienveillance… quoi qu’il en soit, le tien en est rempli… sans qu’on y pense… je l’ai lu à voix haute en écoutant Cesaria que j’aime tant. Et ça coulait comme une belle eau.

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