Yasujiro Ozu

Ce poème pour dire mon admiration pour Yasujiro Ozu, l’un des quatre grands cinéastes japonais de l’après-guerre, avec Kurosawa, Naruse et Mizoguchi. Je ne cherche pas à analyser ou même à présenter son cinéma mais juste à rendre compte du bouleversement que provoque en moi chacun de ses films. Ils me disent à chaque fois à quel point il est si difficile et si important de vivre.

Si vous voulez en savoir plus sur Ozu, je vous conseille les dossiers du site critikat. Et si vous devez ne voir qu’un seul de ses films, sachez que « le voyage à Tokyo » est mon préféré.

Featured imageYasujiro Ozu (1903-1963)

Ode à Ozu

Il commence par des films de gangsters –perdus, fondus, brûlés-
mais c’est la vie de tous les jours qui est restée.

Toujours la même histoire de famille
avec les mêmes acteurs, le même décor,
la caméra fixée à la même hauteur,
au ras du sol : il faut s’efforcer de vivre,
faire de son mieux même si rien ne bouge.

Pendant de longues secondes, les objets nous regardent :
une horloge, un vase, une enseigne au néon,
deux cheminées d’usine, un parapluie dans un couloir.

toujours la même vie avec le même dilemme :
il accepte qu’elle parte, elle renonce à se marier.
Presque la même histoire, le même néant incalculable :
il signe des bordereaux dans un bureau austère,
elle chauffe le bain pour son mari qui rentre tard,
ils se promènent au bord de la mer à deux puis seul,
sans rien retenir.

Et ce n’est pas si simple :
il déplie lentement le tissu qui enveloppe un paquet
et dit son texte avec un léger sourire.
Elle aide sa belle-mère à s’asseoir
et lui masse délicatement le dos.
Il a fallu vingt prises pour obtenir le geste exact :
le léger sourire, le mouvement de l’épaule, la bonne lenteur,
la lumière qui vient de l’intérieur du visage.

Mais à la fin, chacun sait :
le temps passe,
comble et dépossède,
quelque soit l’amertume ou le regret.

Il n’a jamais quitté sa mère.
Il buvait trop, parlait à peine.
Il est mort le jour de ses soixante ans.
Sur sa tombe est gravé le signe Mu
qui signifie
rien.

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14 réflexions sur “Yasujiro Ozu

  1. D’abord merci pour le « à quel point il est si difficile et si important de vivre »… et puis pour ce poème, ce bel hommage… dont ce passage, doux-amer, qui résonne en moi si profondément… « Mais à la fin, chacun sait : le temps passe, comble et dépossède, quelque soit l’amertume ou le regret. » Merci Jérôme. Je tenterai de voir Le voyage à Tokyo. Critikat en parle bien, mais déjà toi, ça suffisait.

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