Le loup hurlant

Il y a quelques semaines, j’ai proposé un poème  sur la voix du contre-ténor Andreas Scholl. Je renouvelle l’expérience mais en m’inspirant d’un univers opposé à celui de la musique baroque, le blues. Né dans le sud des Etats-Unis à la fin du 19ème siècle, le blues est la musique exutoire des afro-américains tout juste sortis de l’esclavage mais pas encore de la misère et de l’exploitation. Musique de transe et de déviance, elle faisait peur aux bien-pensants et aux bigots de toutes les couleurs. Quand on entend la voix puissante et éraillée de Howlin’ Wolf, on comprend leur crainte. Le loup hurlant charrie dans sa voix une insoumission aux contraintes, un refus de l’apitoiement, un défi à toutes les conventions, un désir de liberté totale.

Contre le troupeau (Howlin’ Wolf)

Personne ne me regarde dans les yeux
sans me présenter sa gorge.

Personne ne met la main sur moi
sans que je la morde.

Personne ne m’attribue le pouvoir
qu’il est incapable de prendre.

Je suis un animal
et j’échappe à vos légendes.

Je suis un animal
et je traverse vos rêves.

Je suis un animal
et je dévore les domestiques
que vous n’avez pas su protéger.

Personne n’est à mes côtés.
Personne ne me suit ni ne me précède.
Partout où je vais les forêts sont vides.

C’est le ciel que je veux dévaster
mais c’est la terre toujours étrécie
qui m’enferme.

Face à vos armes,
face à vos grillages,
face à vous poèmes,
je fais ce que je dois faire :
dévaster le troupeau.

Pour mieux connaître le blues qui est à l’origine de toutes les musiques américaines populaires (jazz, rock, soul, funk, rap), vous pouvez lire La grande encyclopédie du blues de Gérard Herzhaft aux éditions Fayard, ou aller sur son site. C’est LE spécialiste français du blues. Je vous propose également un article court mais complet de Stéphane Deschamps sur Howlin’ Wolf dans le magazine Les Inrockuptibles.

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6 réflexions sur “Le loup hurlant

  1. Oui, la dernière phrase est très belle et elle m’a projeté immédiatement dans le souvenir de mes lectures d’Aimé Césaire, puis de mon passage en Martinique, puis d’Eudor, merci pour l’inspiration!

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