Entrez dans le rêve

Depuis quelques jours, j’ai une chanson en tête. Son refrain devient un mantra qui m’aide à aborder la rentrée et son titre est une injonction impossible à suivre dans la réalité mais qui prend tout son sens dans la fiction. Il s’agit de « Entrez dans le rêve » de Gérard Manset. Cette chanson écrite en 1984 a été reprise par Jean-Louis Murat et Indochine dans les années 2000,  mais je préfère la version originale :

En réécoutant la chanson, il me semble que le rêve dont il parle n’est pas celui du sommeil que l’on subit mais le rêve éveillé que l’on peut créer en écrivant, en dessinant, en dansant…D’ailleurs ces paroles :

Découper le monde à coup de rasoir
Pour voir au cœur du fruit le noyau noir

donne une définition satisfaisante, à mes yeux, de la création artistique. Quant à l’autre rêve, issu du sommeil, sa richesse m’échappe souvent. Je suis sans doute un piètre rêveur, comparé à d’autres. Ce qui m’a inspiré ce poème :

Une gorgée de lumière

Jamais plus je ne te raconterai les rêves
où tu apparais lumineuse dans la grisaille,
nue et nacrée parmi une foule affairée
où tu me cherches tandis qu’autour de toi ils passent
tête basse, menottés à leur routine,
car malgré l’angoissant bonheur que je ressens,
malgré mon attirance pour tes lèvres entrouvertes,
je n’arrive pas à te parler et j’avance si lentement
qu’il m’est impossible de te rejoindre ou alors
c’est toi qui t’éloignes et te fais submerger
au moment ou ma gorge libère enfin le cri qui me réveille
me laissant pantelant, assoiffé, plus fatigué qu’avant
tandis qu’à mes côtés, roulée dans l’ombre,
tu dors avec cette respiration ample
des rêveuses au long cours
qui traversent tous les ciels
et qui puisent chaque nuit dans le sommeil
la gorgée de lumière nécessaire
à la levée du jour.

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16 réflexions sur “Entrez dans le rêve

  1. Jean-Claude Pirotte – Poème (2012)

    travaille prends de la peine
    fais des vers de mirliton
    le travail amuse, le ton
    donne du sel à la peine

    tu dis qu’il neige écris-le
    il neigera doublement
    tu dis qu’il vente le vent
    s’emparera de la ville

    tu n’en as plus pour longtemps
    mets de l’ordre dans le temps
    c’est l’hiver – or le printemps
    te refusera l’asile

    ***

    Jean-Claude Pirotte (né à Namur en 1939) – Le très vieux temps (2012)

    Entrez-dans le rêve, ça me parle beaucoup, très belle chanson, toujours dans votre dos la peur vous suis, l’écran merveilleux, « tout le bonheur est dans l’imagination » disait Sade, je ne sais plus si c’est la formule exacte, mes c’est le sens. Je me repets de Sonnet en ce moment, une forte sensation de rentrer dans le rêve, je ne suis pas Beaudelaire ni Rimbaud, ni Pirotte, mais peu m’importe pourvu que j’entre un peu dans le rêve, loin de la peur dans le dos.
    Merci pour cette découverte!

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      1. Je viens d’écouter les autres versions, en deux je met Murat. Le rêve, la poésie, le drap du désespoir, quelle image simple et magnifique! J’aime beaucoup la reprise que fait Bashung, d’il voyage en solitaire, en particulier quand Bashung fredonne la, la, la… Pour ce qui est de sa supposée vanité, je ne sais pas, je ne le connais pas suffisamment, mais les artistes parfois ont besoin de solitude, il donne déjà beaucoup comme ça, certain y laissent leur peau. Je pense à Van Gogh quand je dis ça, quand il dit dans sa dernière lettre, « ma raison y a sombré à moitié ». C’est déjà beau qu’ils partagent leurs découvertes, c’est l’essentiel, c’est ca dont on a besoin, des trucs du genre, drap du désespoir.

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  2. Déjà, le plaisir de te lire à nouveau. J’avoue que je n’étais pas un grand fan de Manset, sa musique sans doute, plus que ses mots. Mais tu en parles si bien que… ma foi, je l’écoute différemment. A bientôt !

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    1. Je comprends que Manset rebute. D’ailleurs il n’est pas spécialement sympathique avec le « public » : pas de concert, peu d’interview, beaucoup de vanité. Mais tout cet album a pour moi une force incroyable. Peut-être parce que lorsque je l’ai découvert, son propos correspondait exactement à mon état d’esprit.

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  3. quel souffle il y a dans ce poème, Jérôme… je l’ai lu d’un trait le premier coup, comme on boit un grand verre d’eau, et c’était bon… et la deuxième fois, à mesure des mots, ma gorge se serrait un peu… et je touchais le vertige…

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  4. La fin de ce poème est vraiment très belle !
    Et très belle chanson aussi, merci pour la découverte. Cela me fait penser à l’euphorie de mes virées de nuit en roller…

    Huit roues sous les pieds ;
    sur le béton défoncé
    la liberté suinte.

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