bois de Vincennes

Les parisiens savent que les bois de Vincennes et de Boulogne ont longtemps été des lieux de prostitution. Il y a encore quelques années, les prostituées travaillaient dans des camionnettes garées dans les allées et, dès la tombée du jour, les clients affluaient. Je me souviens que j’ai vu, lors d’une promenade, une prostituée noire très belle s’installer dans sa camionnette et des clients s’approcher de plus en plus près. Une autre fois, c’était un solitaire, visiblement ivre, qui hésitait devant une camionnette où se trouvaient deux femmes. Aucun érotisme, aucune séduction n’émanait de ce commerce. J’en ai ressenti une grande tristesse qui touchait les prostituées, les clients et moi, le promeneur.

L’ovale de son visage

Grisaille sans nuances, elle s’installe,
je marche sous les arbres décharnés
du bois de Vincennes, des rôdeurs

tournent autour, cercles jamais fermés,
la banlieue s’échoue à leurs pieds,
la portière coulisse, le rire

d’une prostituée noire les transperce tous,
je retiens l’ovale de son visage
qu’une ampoule illumine
dans la nuit sans ténèbres.

La camionnette

Échappé à la nuit, il vient de loin, à pied.
il tourne autour, tape contre la tôle,
ne parvient pas à faire coulisser la portière.
Les marronniers noirs, les grands réverbères
du bois de Vincennes l’accablent.
Il risque plusieurs fois d’être percuté par une voiture.

La camionnette s’immobilise.
Un homme en sort tandis qu’il s’efface
– un sosie plus brutal et moins ivre.
Il cherche son argent, la portière se referme.
Il rassemble ses mots et décide de parler aux femmes.
Mais il bégaie, titube.
Il entend des cris d’animaux nocturnes.
Une rapide description de sa dégaine
dite à voix douce le dégrise :
chant et contre-chant des deux femmes.
Plus aucun leurre ne fonctionne.
La plus ordinaire –comme une sœur- lui sourit.
L’autre, la plus belle, attend qu’il donne
son argent. Il s’écroule.

Il a rêvé qu’une main caressait son visage, ses cheveux.
Il a rêvé qu’un souffle caressait ses paupières, ses lèvres.
Le froid du matin, les bruits des voitures l’ont réveillé.
Il s’est relevé difficilement, il a pissé contre un arbre.
Il a regardé le ciel bleu pâle, les marronniers clairs et nus.
Les réverbères se sont éteints.
Il a ressenti le manque d’alcool et de tabac.
Il a cherché son argent.
La camionnette avait disparu.

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