Moshe Nadir et Charles Dobzynski

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J’ai acheté, il y a quelques années, une anthologie de poésie yiddish publiée chez Gallimard et établie par Charles Dobzynski. Mon achat était motivé par l’envie de découvrir, par la poésie, une culture inconnue. De temps en temps, j’ouvre ce livre au hasard et je lis un poème. Avant-hier, je suis tombé sur des textes de Moshe Nadir (1885-1943). Je ne connais pas ce poète (ni les autres d’ailleurs) et la note biographique présente « un écrivain aux dons multiples, effervescent, nostalgique, spirituel, caustique qui excelle dans la satire, le jeu verbal, l’aphorisme admirablement frappé. ».
Quand on lit les présentations des poètes et poétesses, on ne peut que relever la dureté de vies bouleversées par les persécutions antisémites, l’exil de pays en pays, les travaux ingrats et épuisants, la détention et l’extermination pour certains. Malgré ces vies plus que difficiles, les poèmes sont là, plus résistants que l’oubli. A condition de pouvoir les lire dans sa langue, d’avoir un passeur. C’est le travail de Charles Dobzynski, lui aussi poète. Long travail puisque l’anthologie a été publiée en 1971 pour la première fois puis augmentée en 1987 puis augmentée encore en 2000. Outre la difficulté du choix inhérent à toute anthologie, il y a celui de la traduction poétique si difficile, bien davantage que la traduction de prose, j’imagine. Charles Dobzynski, dans la postface s’explique de façon approfondie sur son approche : « Le traducteur tient du chirurgien et du biologiste : il lui revient de procéder, à partir d’un tissu vivant, à des transplantations qui permettent à un organisme de continuer à vivre dans un corps étranger et de le maintenir en vie. La greffe poétique n’est pas moins délicate que la greffe du cœur. »

Charles Dobzynski est mort il y a quelques mois. Dans Bibliobs, Françoise Siri lui rend hommage, publie un entretien et des poèmes. A lire ici.

Voici deux poèmes de Moshe Nadir, l’un en vers, l’autre en prose :

Tous les deux

Moi et la mouche- tous les deux
Notre tête cogne aux fenêtres
Moi et – la mouche.

Moi et le lion – tous les deux
Nous hurlons à travers les grilles
Moi et –le lion.

Moi et le monde – tous les deux
Nous nous étreignons par les yeux
Moi et – le monde.

Gestes

J’ai feint d’être joyeux, et on m’a cru. J’ai feint d’être amoureux et l’on a eu pitié de moi. J’ai feint d’être désespéré et les gens ont pleuré sur mon malheur.
Mais une fois, j’ai renoncé à toute feinte et j’ai dit la vérité, que je ne cesse de feindre parce que la vie est terriblement vide. Alors tout le monde a hoché la tête et l’on m’a dit : – Cet homme ne fait que feindre ! Et personne ne m’a cru.

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