une grande question

Il y a une grande question à laquelle je n’aurai jamais de grande réponse (même si je reconnais me l’être souvent posée) : « Qu’est-ce que la poésie ? »  Mais j’ai trouvé une piste dans une lecture récente. Emmanuel Moses a publié en 2014 un livre de poèmes Sombre comme le temps (chez Gallimard) où il aborde de front la question puisque le poème s’intitule Ce qu’est la poésie. J’aime retrouver ce poète (cela fait 10 ans que je ne l’ai pas lu) parce que ses poèmes sont simples, lumineux, complexes, sensibles, parce qu’ils me touchent tout simplement.

Ce qu’est la poésie

On m’a demandé d’expliquer la poésie
J’ai cherché dans les livres
J’ai cherché dans mon cœur battant
J’ai cherché dans les vieux albums où luit l’origine
J’ai cherché dans les yeux de mes enfants
J’ai cherché dans les yeux interrogateurs et craintifs du chat
J’ai cherché dans le silence des chambres vides
Je me suis souvenu de quelques moments qui auraient pu être
La source diaphane de la poésie
Mais nul d’entre eux ne disait simplement : c’est cela la poésie
Alors je me suis tourné vers la nature
La nature !
La pluie et les oiseaux de passage
Les arbres splendides comme des coupoles orientales
Les champs vaporeux dans l’air rose du soir
Et l’air bleu du matin
Qu’est-ce que la poésie ?
Elle voletait bien de-ci de-là comme un criquet
Mais sans se poser sur aucune goutte, aucun oiseau, aucun arbre
Il m’est revenu à l’esprit une chanson
La chanson n’expliquait rien de plus que le reste
Il m’est revenu à l’esprit une exaltation ressentie autrefois dans une forêt
Sur le flanc d’une puissante montagne
Cette exaltation n’était pourtant guère la poésie
J’ai allumé une cigarette
J’ai bu un peu d’arak de chez nous
Et alors que j’étais en train de renoncer à pouvoir expliquer la poésie
Le soleil de l’après-midi a touché un pan de mur
Un orchestre tzigane est passé dans la rue
Il a fait froid autour de moi à cause d’un courant d’air
Le téléphone muet depuis le matin a soudain sonné
Et tout cela était parfaitement la poésie

Emmanuel Moses

Ce que j’en conclus: ne cherche pas la poésie, c’est elle qui te cherche.

Cela m’incite à la prudence au moment d’écrire un poème. Suis-je assez disponible et attentif. Suis-je prêt ? J’ai répondu à ma propre question de cette façon :

Il faut attendre

j’écrirai un poème quand la porte
sera ouverte, entrebâillée, ouverte,
quand j’oserai franchir le seuil
et marcher à la rencontre d’autres,
quand mon regard sera ouvert,
entrebâillé, ouvert, quand j’oserai
ne rien comprendre, ne rien retenir,
ne rien dire. Bientôt j’écrirai
un poème et ma mémoire sera
ouverte, entrebâillée, béante.
Il faut attendre.

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Une réflexion sur “une grande question

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