la reconnaissance, le plaisir et la nécessité

Pourquoi s’autorise-t-on à écrire ? A inventer des histoires, à exprimer des sensations, des idées, des doutes, tout ça avec des mots et dans des formes établies ? Ce sont des questions que je me pose souvent. La première réponse serait : pour la reconnaissance (dont le summum est la publication chez un éditeur). Oui mais cette reconnaissance est très rare et pourtant beaucoup d’entre nous continuent d’écrire sans se faire d’illusion. La deuxième réponse serait : pour le plaisir. Oui, c’est vrai c’est plaisant d’écrire mais pas toujours. Plus on est exigeant avec soi, plus le résultat risque de décevoir voire de décourager. La troisième réponse serait : la nécessité. On écrit parce que c’est plus fort que nous. Quelque chose de mystérieux nous pousse à nous exprimer de cette façon. Ces trois raisons peuvent se superposer et s’ajouter à d’autres mais la nécessité me semble la plus forte mais elle ne me satisfait pas exprimée ainsi. Pourquoi écrit-on par nécessité ? Je me doute qu’il n’y a pas de vraie réponse mais je me dit que je dois quand même essayer de savoir. Même si la réponse est imparfaite et peut être remise en cause à tout moment, je vais quand même essayer. Évidemment, d’autres réponses sont possibles et bienvenues.

Toucher le fond et remonter

je n’ai pas assez de désespoir
pour raconter une histoire,
une histoire comme je les aime
qui s’effondre sans fracas.

J’ai peu de temps à perdre
en balivernes empoisonnées,
celles qu’on balance pour se distraire
de la monotonie des jours.

Ma lame s’est émoussée,
mes ennemis sont en fuite.
Hélas, je ne sais plus lire les signes
dans les objets qui m’entourent.

J’attends en équilibre précaire
avant de me jeter à l’eau.
Écrire une histoire, pourquoi faire ?
Toucher le fond et remonter.

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7 réflexions sur “la reconnaissance, le plaisir et la nécessité

  1. Lucie.Pasquiou dit :

    « Écrire. Je ne peux pas. Personne ne peut. Il faut le dire, on ne peut pas. Et on écrit.
    C’est l’inconnu qu’on porte en soi écrire, c’est ça qui est atteint. C’est ça ou rien. On peut parler d’une maladie de l’écrit. » M.D

    Marguerite Duras a fait un livre sur cette question.

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  2. Bonjour Jerfau,

    Tu visites mon blog et je découvre avec plaisir le tien. Je m’aperçois que tu as un questionnement assez similaire au mien et je suis assez d’accord avec toi, la nécessité. Les autres ont du mal à comprendre ça parfois, les autres et soi-même. Pour faire court, le reste est dans mon blog, j’avais l’écriture en moi depuis l’adolescence et je l’ai enfermée comme on referme un livre parce que dans mon milieu social, c’était mal d’écrire. Georges Bataille a écrit un livre « la littérature et le mal » qui traite de ce sujet, mais sans doute est-ce Marguerite Duras qui a le plus influencée mon « coming out  » littéraire. Et oui, ce mot ne me fait même plus peur!. J’avais lu ce livre à l’époque de mon adolescence et une phrase m’a toujours hanté, elle ponctue ce passage, c’est devenu le « slogan » de mon blog du jour où je l’ai créé, il y a à peine quelques mois;

    « La mort d’une mouche, c’est la mort. C’est la mort en marche vers une certaine fin du monde, qui étend le champ du sommeil dernier. On voit mourir un chien, on voit mourir un cheval, et on dit quelque chose, par exemple pauvre bête….Mais qu’une mouche meure, on ne dit rien, on ne consigne pas, rien.

    Le bruit des élytres a cessé. La mouche était morte. Cette reine. Noire et bleue.

    Celle-là, celle que j’avais vue, moi, elle était morte. Lentement. Elle s’était débattue jusqu’au dernier soubresaut. Et puis elle avait cédé. Ça a peut-être duré entre cinq et huit minutes. Ça avait été long. C’était un moment d’absolue frayeur. Et ça a été le départ de la mort vers d’autres cieux, d’autres planètes, d’autres lieux.

    Je voulais me sauver et je me disais en même temps qu’il me fallait regarder vers ce bruit par terre, pour quand même avoir entendu, une fois, ce bruit de flambée de bois vert de la mort d’une mouche ordinaire.

    Oui. C’est ça, cette mort de la mouche, c’est devenu ce déplacement de la littérature. On écrit sans le savoir. On écrit à regarder une mouche mourir. On a le droit de le faire. »

    Marguerite Duras (Écrire 52-53)

    Je te recommande aussi vivement les poèmes de Buckowski sur le sujet.

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  3. Merci pour ton intervention. Quand je lis ce passage de Marguerite Duras, je suis estomaqué : « On écrit sans le savoir », « On a le droit de le faire ». Je vais lire « Écrire » et les poèmes de Bukowski. Et je vais continuer de lire ton blog avec curiosité car j’ai l’intuition que nous sommes deux personnes très différentes avec un questionnement en commun.

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  4. « La philosophie est une discipline qui consiste à créer ou à inventer des concepts. Et les concepts, ça n’existe pas tout fait, et les concepts ca n’existe pas dans une espèce de ciel où ils attendraient qu’un philosophe les saisissent. Les concepts, il faut les fabriquer. Alors, bien sur, ca ne se fabrique pas comme ça, on ne se dit pas un jour “Tiens, je vais faire tel concept, je vais inventer tel concept“. Pas plus qu’un peintre ne se dit un jour “ tiens, je vais faire un tableau comme ça“. Il faut qu’il y ait une nécessité. Mais autant en philosophie qu’ailleurs, tout comme un cinéaste ne se dit pas “tiens, je vais faire tel film“, il faut qu’il y ait une nécessité, sinon il n’y a rien du tout. »

    Gilles Deleuze à environ 5mn de lecture de cette video.

    C’est une conférence qui porte sur l’acte de création. Je me suis régalé à l’écouter en entier, c’est passionnant, en écoutant ce passage j’ai pensé à ton questionnement.

    Bonne soirée
    Vincent
    J’aime beaucoup ton blog, l’écriture y est vraie.

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    1. Merci du conseil et du compliment. Je vais prendre le temps de regarder la conférence. Ce qu’il y a de bien et d’étrange avec les blogs, ce sont ces correspondances anonymes et particulières entre deux personnes qui ne se connaissent pas mais qui se ressemblent sans doute un peu. Ce qui est une manière détournée de dire que moi aussi j’aime ton blog !

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