Paname

J’ai écrit ce poème récemment en mémoire d’un épisode ancien de ma vie. Dans les années 80, j’étais adolescent et j’habitais, avec mes parents, un petit village dans l’Eure. J’y ai rencontré un soir, dans un café, un homme qui s’était pris d’affection pour moi et m’avait raconté son amour de Paris (qu’il nommait Paname avec un accent qu’on ne retrouve que dans les vieux films français de gangsters) et son impossibilité d’y remettre les pieds. Je ne me souviens plus de ses paroles exactes, par contre je me souviens de ma peur grandissante à mesure qu’il parlait et de ma certitude d’avoir à faire à un fou dangereux. Mais sans doute, j’avais tort. Ce n’était qu’un homme en souffrance qui cherchait un visage compatissant.

Prince de Paname

Tu connais Paname ? Moi je suis de Paname,
je n’ai rien à faire ici, dans ce bled pourri
sinon payer des dettes : j’ai eu des ennuis
du genre qui vous pousse à l’exil.

Pourquoi tu ne dis rien ? Est-ce que je te fais peur ?
Toi et moi on est des princes, déchus mais des princes.
Tu n’as rien à craindre, je ne suis pas dangereux.
Je sais récompenser les bons serviteurs.

Je n’ai pas choisi l’exil comme toi le silence.
Paname n’est pas si loin et assez grand pour deux.
Tu plaideras, tu me planqueras, tu verras
autre chose que la nuit boueuse de ce bled pourri.

Si j’ai commis des erreurs, tu les rachèteras.
A Paname ou ailleurs, il y a toujours des huissiers
et des procureurs, c’est pourquoi j’ai besoin
d’un bon avocat. Ce sera toi qui me comprend si bien.

Je ne suis pas un rapace, je ne te boufferai pas.
Je suis enterré vif, ici. Toi et moi on va s’envoler
loin de la boue, vers la lumière et les hautes sphères
et retrouver l’honneur qui nous est dû.

Relève-moi et partons la tête haute.
On a commis aucune faute, on a rien à se reprocher.
Ceux qui nous montrent du doigt, tu leur arraches la main.
L’exil s’achève quand s’achève la honte.

Paname ou ailleurs, où les portes sont ouvertes :
les grandes rues, les beaux immeubles, les vivats,
tu t’en occuperas. Que tout soit prêt pour mon retour.
Tu es tout pour moi à présent. Tu me dois tout.

Il y aura toujours des rageux et des snipers
à chaque carrefour, cachés sur les toits et dans les fossés.
Tu dois faire rempart et répliquer à tout.
Le moindre impact me tuerait. Tu prendras tout.

Est-ce qu’ils sont prêt à recevoir leur prince
qui a commis des erreurs et qui les as payées ?
Est-ce que les portes sont ouvertes ?
Est-ce que tu as plaidé en ma faveur ?

Tout est fermé comme toujours et tu n’as rien dit.
Tu as eu peur d’ouvrir la bouche : tu m’as trahi.
Alors retourne à la nuit boueuse de ton bled pourri
et laisse-moi chercher un bon avocat : toi ou un autre c’est pareil.

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