Marina Tsvetaïeva

Il m’arrive parfois d’ouvrir un livre de poésie au hasard, de lire un poème et de le trouver magnifique et indispensable. Ce fut le cas avec le poème à suivre de Marina Tsvetaïeva , issu du livre « Après la Russie » aux éditions Rivages. Marina Tsvetaïeva (1892-1941) est une poétesse russe aujourd’hui célébrée mais qui a eu une vie tourmentée d’où est sortie une œuvre poétique d’une vérité et d’une douleur très belles. Lydie Salvaire lui a consacré un chapitre de son livre « Sept femmes » aux éditions Perrin, chapitre qu’elle a lu récemment pour France Culture. J’y ai relevé cette phrase qui définit le parcours poétique de Marina Tsvetaïeva : « le déchirement était sa condition. »

Ce poème sans titre a été écrit en 1922 à Berlin, au début d’une période d’exil et de séparation amoureuse qui dura plus de quinze ans. J’aime dans ce texte l’idée que pour à la fois vivre et résister à la vie il faut se soustraire, se dissimuler. Ce n’est que mon interprétation et ce poème, par sa force, y échappe.

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Afin que tu ne me vois pas –
pour vivre – je m’entourerai d’une haie,
perçante et invisible.

Je me ceinturerai de chèvrefeuille,
je me couvrirai de givre.

Afin que tu ne m’entendes pas –
pour la nuit – dans une sagesse de vieille,
je me murerai de dissimulations.

Je me ceinturerai de bruissements,
je m’envelopperai de chuintements.

Afin qu’en moi tu ne t’épanouisses
pas trop – dans les broussailles : dans les livres,
je m’engloutirai, vivante.

Je ceinturerai d’affabulations,
j’envelopperai d’illusions.

25 juin 1922

(traduit du russe par Bernard Kreise)

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4 réflexions sur “Marina Tsvetaïeva

  1. Les vers naissent comme les étoiles et les roses,
    Comme la beauté dont la famille ne veut pas,
    Et aux couronnes et aux apothéoses,
    Une seule réponse : mais d’où me vient cela?
    Nous dormons — et à travers les dalles de pierre,
    De l’hôte céleste percent les quatre pétales.
    Sache-le, o monde! Le poète découvre dans ses rêves
    La formule de la fleur et la loi de l’étoile.

    14 août 1918.
    MARINA TSVÉTAÉVA

    https://misquette.wordpress.com/2014/08/27/quarante-deux-2/

    Aimé par 1 personne

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