s’échapper

Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours aimé l’idée de l’échappée solitaire, ce qui pour moi suppose d’avoir été enfermé auparavant. L’enfermement et la dérive me semblent liés. Ces deux états m’ont inspiré quelques textes, en voici un :

Échappatoire

Le ciel est parfait à midi pile
au mitan exact d’une vie pleine.
Le ciel est parfait, bleu imbécile,
et je sors enfin de quarantaine.

Je cherche dehors l’ivresse des villes :
ce qui me fut proscrit à l’intérieur
quand je tournais dans mon asile,
cognais les murs de mes terreurs.

Je risque un pas, mon corps bascule
entier ou presque dans une foule
de passants vides ou incrédules
de voir quelqu’un hors de son moule.

Mais la plupart se rassurent,
coupent et décalent leurs sourires,
s’agrippent à des boites à murmures,
écoutent un truc qui les fait rire.

L’air est tranchant comme un silex
qui fait le tour de mes paupières.
à chaque pas, je suis perplexe :
j’entends siffler un jet de pierres.

Pourtant aucune ne me touche
et personne ne manie la fronde.
Quarante cailloux noirs comme mouches
criblent mon retour au monde.

A midi cinq, un ciel de sable
tombe sur moi et me conseille
de m’éloigner de ces semblables
qui me refusent comme pareil.

Ici n’est pas l’ivresse promise.
Je cherche encore sans trop y croire
– je sens que mon visage se brise –
un souterrain échappatoire.

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2 réflexions sur “s’échapper

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