Déménagement

Il y a deux ans, j’ai vu un film documentaire sur la prison intitulé « le Déménagement » de Catherine Rechard. Il s’agissait  du déménagement des détenus de la prison de Rennes d’un établissement vétuste, situé en ville, vers une établissement ultra-moderne situé en lointaine périphérie. Le personnel et les détenus parlaient de l’incarcération ancienne, source de promiscuité mais aussi de contact humain, aussi minime soit-il, et de l’incarcération nouvelle contrôlée par la technologie, plus froide mais plus confortable. Ce poème est librement inspiré du film.

pour en savoir plus : http://television.telerama.fr/television/le-d-m-nagement-la-prison-film-e-par-catherine-rechard,92111.php

le DVD du film est présent dans les rayons de nombreuses médiathèques et sans doute dans quelques librairies.

Je suis libre

Je me souviens comme j’écoutais
les pulsations de la ville chaque matin,
rivière bruissante qui bondissait
jusqu’à mon lit et m’incitait
à imaginer la vie, la vraie, avec toutes ses folies
qui me sont désormais interdites.

Je me souviens comme j’espérais
le claquement des talons d’une femme chaque matin,
élégante et souriante sur le trottoir,
à peine plus libre mais compréhensive
au point d’accepter mon voisinage
sans jugement et sans mépris.

Je me souviens comme je savourais
ces précieuses gouttes sonores chaque matin
et comme elles apaisaient ma peur
au moment où les murs grondaient,
où les portes gueulaient les ordres :
immobilité totale et soumission.

A présent je n’entends plus rien
sinon le bourdon neutre des machines
qui ont remplacé nos gardiens.
Toute la journée je tourne en rond :
j’essaie de réduire le temps en poudre
mais cette farine n’est pas comestible.

A présent, mais quel présent ?
Matin ou soir, comment savoir ?
Je m’aplatis et je me rétrécis :
morceau de chair sans mémoire
conditionné à vivre sous vide.
Je n’attends rien et ce rien me vide.

A présent je veux dire maintenant
les porte s’ouvrent une à une : je suis libre.
Le vertige me prend, personne ne m’attend.
J’entends l’écho d’un cœur battant :
tu te souviens je passais chaque matin
pour que ton rêve continue de vivre.

Je me souviens comme j’aimais le matin
être parmi les gisants, l’assoiffé qui aspire
l’instant vivace dans un monde grinçant.
A présent, je veux dire ici,
personne ne me voit et pourtant je me dis :
tu peux sentir, tu peux bouger. Tu es libre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s