Place d’Italie

Avec ou sans prothèses (écran, écouteurs, journal, livre), chacun dans les transports est enfermé dans son monde. La neutralité du regard et de l’attitude est une règle tacite que nous suivons tous. Pourtant, j’aime observer discrètement les autres passagers et leur imaginer des trajectoires. Mais certaines personnes restent mystérieuses et inatteignables. Ainsi, l’homme allongé de la station Place d’Italie semblait être seul, sur son lit, à méditer, une cigarette aux lèvres, alors que c’était l’heure de pointe. Ce poème de métro écrit selon la règle de Jacques jouet (à consulter ici) m’a permis de lui voler la parole.

L’homme allongé de la station Place d’Italie
Poème de métro (ligne 7, ligne 6, ligne 13)

Je ne veux pas changer d’air,
je veux changer d’eau
et inonder la terre
pour éteindre les feux.

Mon ciel est en faïence et je rêve de l’étoile
qui a dégringolé au fond de vos poubelles.
La cigarette éteinte illumine mon sommeil.
Si je suis allongé, ne me demandez rien
d’autre qu’assouvir vos regards de gêne.
Je ne suis pas comme vous, n’ayez aucune crainte :
enfant je m’amusais à fuir le soleil
et aujourd’hui je dors pour ignorer vos plaintes.

Le feu, je l’ai éteint
en crachant sur mon ciel.
l’étoile, je l’ai mangée
en raclant les poubelles.
La terre s’est transformée
en une bouillie épaisse
dont je suis le ferment.
Mon lit est à l’écart
de toutes vos transhumances.
Sous mon ciel de faïence
l’air n’est pas à mendier.
Qui envierait ma chance ?

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