Poèmes de métro

Le poète oulipien Jacques Jouet a inventé le genre du poème de métro. Il en a fait un livre publié chez P.O.L en 2000. Voici comment il explique la fabrication du poème de métro.

« Voulez-vous savoir ce qu’est un poème de métro ? Admettons que la réponse soit oui. Voici donc ce qu’est un poème de métro.
Un poème de métro est un poème composé dans le métro, pendant le temps d’un parcours.
Un poème de métro compte autant de vers que votre voyage compte de stations moins un.
Le premier vers est composé dans votre tête entre les deux premières stations de votre voyage (en comptant la station de départ).
Il est transcrit sur le papier quand la rame s’arrête à la station deux.
Le deuxième vers est composé dans votre tête entre les stations deux et trois de votre voyage.
Il est transcrit sur le papier quand la rame s’arrête à la station trois. Et ainsi de suite.
Il ne faut pas transcrire quand la rame est en marche.
Il ne faut pas composer quand la rame est arrêtée.
Le dernier vers du poème est transcrit sur le quai de votre dernière station.
Si votre voyage impose un ou plusieurs changements de ligne, le poème comporte deux strophes ou davantage.
Si par malchance la rame s’arrête entre deux stations, c’est toujours un moment délicat de l’écriture d’un poème de métro. »

En suivant ce lien vous en saurez davantage :

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=livre&ISBN=2-86744-804-2

A mon tour, il m’arrive de pratiquer le poème de métro. La première difficulté est de commencer. Je m’inspire toujours de ce qui est à portée de mon regard (un voyageur, une publicité, un article entraperçu dans un journal gratuit) ou de mes oreilles (une conversation). Ensuite, il faut tenir le rythme : le temps de composition entre deux stations est toujours trop court. Enfin, il faut savoir conclure : penser au dernier vers deux ou trois stations avant la fin du voyage. Contrairement à Jacques Jouet, je dois admettre qu’il m’est impossible d’écrire quoi que ce soit pendant les heures de pointes quand la rame est bondée.

Voici deux poèmes de métro écrits il y a quelques années :

Poème de métro, ligne 8

Tombent les secondes
sur de jolies princesses
aux oreilles ornées et à la bouche ourlée.
Elles se drapent de silence
et attendent qu’un brigand
les enlève et les pare
d’aventures et de crimes.
Et moi qui les regarde
je cherche le moyen
de briser la magie
qui me lie à leur sort :
un seul mot de travers
et enfin les princesses
vivront hors de l’attente,
et enfin les brigands
seront comme des princes.
Mon pouvoir minuscule
aura donné la preuve
de son utilité
sentimentale et révolutionnaire.
Et les secondes enfin
tomberont sans blesser
les beautés solitaires.

Poème de métro, ligne 8, ligne 2, ligne 9

Pourquoi ces yeux clos ?
Est le sommeil en souffrance,
un accroc le long des jambes,
un ciel frileux qui se retranche,
aux mains les bagues de la chance,
la liberté pour faire le plein,
sur le dos de quoi donner le change,
une apparence pour le matin ?
Est-ce un visage de rechange
ou bien la nuit qui se prolonge ?

A chaque doigt une fonction :
sortir de la poitrine d’hiver,
gratter l’ennui aux paupières,
réduire ou agrandir les caractères,
jouer au fouisseur-explorateur
et dénoncer.

Pourquoi ces grands airs ?
L’un contre l’autre sans un mot
de réconfort, de quel côté
pour se comprendre, se retrouver ?
C’est le réveil : débarcadère.

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2 réflexions sur “Poèmes de métro

  1. Cyn dit :

    Quel ‘auteur veuille bien me pardonner.

    « Poème de vélo, trottoir et piste val-de-marnais »

    Pourquoi bosses et trous
    A l’assaut de mon pneu en souffrance ?
    Un à-coup le long des jambes,
    Mais toujours je poursuis
    La liberté pour pas crever,
    Sur le dos de mon fier destrier.
    Frère de roue furtivement croisé…
    Sourire échangé puis chacun reprend sa route.

    A chaque doigt une fonction :
    Index au frein d’urgence
    Majeur pour l’auto sans gêne
    Ou l’amorphe et maudit piéton
    (ô engeances !)
    Rattrapage de la chaussette en peine
    Pour éviter l’extrême onction de la chaîne.

    Feu rouge : pourquoi ces grands airs ?
    L’un contre l’autre sans un regard
    Qui agrippé au volant
    Qui campé sur son guidon,
    Comment se comprendre, se retrouver ?
    C’est le réveil : feu vert.

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